Notes de Merveilles 5

Le fanzine dirigé par Thomas Dumoulin continue son petit bonhomme de chemin en passant cette fois par l’Orient ; l’Orient dans l’acception globale du terme comme l’annonce d’emblée la couverture et son titre à la typographie nippone surmontant une calligraphie arabe.
Un choix de thème intéressant puisqu’à la fois exotique et dans l’air du temps comme nous le rappelle le rédacteur en chef dans un éditorial à la virulence plutôt déstabilisante.
Au menu : essentiellement de la poésie et de la fiction. Exit les articles et essais qui égayaient le numéro précédent et qui en faisaient l’originalité. Voyons si le fanzine y gagne ou y perd :

« Stèles » (extraits) par Victor Segalen (1878-1919)
Écrivain et voyageur, amoureux de la Chine, Segalen représente à merveille un Orient à la fois romantique et concret qui sera le véritable leitmotiv de cet opus. Les extraits de ses « Stèles », des poèmes informels tirés à fort peu d’exemplaires, sont en cela une excellente initiative. Et même si vous ne goûtez guère à la forme poétique, je gage que vous tomberez sous le charme de ces vers poignants et inspirés.

« Le rapport de Brodie » par Thomas Dumoulin
Voici une nouvelle écrite à partir du dessin qui lui succède. Un texte en forme d’illustration à l’envers qui semble perdre en spontanéité ce qu’elle gagne en impact visuel. Nous suivons avec intérêt l’errance d’un espion irlandais au sein d’une Bagdad des milles et une nuit qui s’éveille alors que les Chrétiens la désertent temporairement. Et ce qu’il y découvre ne manquera pas d’en surprendre et d’en faire sourire plus d’un.

« Tesuji » de Patrick Duclos
Le gros morceau du fanzine (il en compose plus du tiers). Nous voilà dans un japon médiéval et imaginaire qui n’est pas sans faire penser au jeu de rôle du Livre des Cinq Anneaux avec ses clans et sa magie de combat. Patrick Duclos nous sert un récit plein de bruit et de fureur ou les différends se règlent à la pointe du katana et où les principales questions existentielles peuvent se résumer à « suis-je le meilleur combattant ? » dans le plus pur respect de moult mangas. Dommage que les scènes d’action prennent rapidement l’ascendant sur l’histoire proprement dite et que les stratégies complexes que laisse entrevoir le début cèdent la place à des confrontations sans subtilité et à un scénario linéaire.

« Frissons » de Jonathan Rambert
Allons faire un tour dans l’Orient du futur, avec sa Chine en tant que première puissance internationale et ses Etats-Unis ayant sombré dans le tiers-monde. L’auteur nous propose un intéressant exercice de pensée en redistribuant les rôles et l’influence des nations au niveau planétaire. Ce ne sera pas une surprise de constater que ce monde n’est ni pire ni meilleur que celui dans lequel nous vivons (l’Europe y est toujours aussi velléitaire, qui plus est). Un joli pied de nez à ceux qui tremblent devant le « péril jaune ».

« Mort de Sadarnapale » de Marianne Lesage
Marianne Lesage réussit le tour de force d’évoquer à la fois l’Egypte et l’Inde dans cette histoire duelle : deux pays, deux époques, deux styles, deux trames narratives. Jusqu’au bout on se demande quel lien peuvent avoir Assourbanipal, ce roi usurpateur vainqueur de Pharaon, et Jake, cette vedette de cinéma opportuniste et décadente. D’ailleurs, je me le demande encore. Malgré plusieurs lectures, je ne suis pas certain d’avoir compris le sens de ce récit. Dommage parce que le travail d’écriture vaut le détour.

« Nous ne serons jamais seuls » de Cindy Van Wilder
Avec le seul texte hors-thème du lot et un patronyme un peu égratigné, Cindy Van Wilder ne part pas vraiment sous les meilleurs auspices. Pourtant on se laisse vite emporter par cette plongée dans les bas-fonds d’une Venise fantastique, tout comme Angelo, le nobliau indolent, cède à l’attraction sulfureuse de la belle saltimbanque Séverine et de sa mystérieuse sœur cadette. Une bonne nouvelle, donc, mais gâchée par une fin abrupte qui donne l’impression qu’on vient de lire le prologue d’un roman.

Cet opus de Notes de Merveilles m’a semblé être un ton au dessous de son prédécesseur. Bien que plus homogène, il est desservi par des textes qui, bien que prometteurs, ne parviennent pas vraiment à décoller, les « Stèles » exceptées.
Cependant, force est de constater qu’en seulement 60 pages et malgré l’absence d’articles de fond sur le sujet, le thème est bien traité et nous laisse l’impression de nous avoir informé en même temps que dépaysé. N’est-ce pas là l’essentiel ?

— Neocrate

Mensuel
64 pages, format A5
2,50 €
notesdemerveilles.free.fr

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