« Oniromaque » de Jacques Boireau

oniromaqueC’est quand la Ligue Hanséatique qui a conquis l’Europe et jusqu’à la Francie entend s’étendre à l’Occitanie que Jordi rejoint les rangs des résistants. De ces brigades internationales qui se sont levées de partout pour s’opposer à cette mainmise militaire.
Il a d’ailleurs été surpris d’être accepté lorsqu’il s’est présenté à l’Officine de la république Héllène. Il n’a pas vraiment un gros bagage et n’est même pas un vrai cheminot, de ces roulants qui conduisent les locomotives et qu’il admire tant.
Mais c’est une noble cause que la liberté pour laquelle il est prêt à se battre et il attend avec d’autres qu’on vienne le chercher. Il attend dans une piaule minable, sous une pluie minable dans l’automne de Monastir, à quelques kilomètres au nord de la Grèce. La patrie de la démocratie.
Quinze jours d’attente interminable à ne rien faire sinon rejoindre d’autres anarchistes espagnols ou venus d’ailleurs sur la Place de la gare, la seule où puisse arriver quelque chose.
Enfin des camions viendront les chercher puis ce sera de longues marches harassantes avant d’être à l’abri à leur base, dans les ruines d’un château. Une presque prison pour échapper à la vigilance des zeppelins hanséatiques qui patrouillent le ciel. Mais ce ne sera pas pour les actions héroïques dont ils rêvaient.
C’est ici qu’est abritée l’arme secrète de la guerre, conçue par des savants grecs qui, désormais sous pression, y apportent les derniers ajustements. L’oniromaque. Elle leur permettra, à tour de rôle, de mener des missions commandos en équipe à partir des rêves d’un seul d’entre eux.
Pour être rêvées, ces escapades ne seront pas sans danger ou dénuées d’épuisement physique. Dès lors commenceront d’incessants retours entre leurs divers imaginaires entremêlés de réalités. Mais ne sont-elles pas également imaginaires ? Claire comme Marijke, les femmes aimées dont le souvenir s’estompe peu à peu ont-elles seulement existé ?
Depuis les pages écrites par Byron et conservées par Yannis Ritsos, le grec, un de ses compagnons de dortoir, jusqu’au journal trouvé caché dans son matelas, visiblement tenu par Céline. Remarquable pastiche.
Depuis les montagnes asturiennes où les guide Carlos Andrès aidé d’Olvida, curieuse gamine qui leur fait peur avec ses pressentiments, jusqu’à la commune libre de Liège en passant par Monemviassa… Au fort Bastiani enfin, dans un désert de sable et d’ennui, que Dino, le commandant colonel Buzzati (tiens donc) doit tenir pour barrer la route aux hordes des Tarta… Ah non, des barbares en fait.
Une uchronie politique où l’on croise Carlos Saura et de Gaulle et Malraux et Cocteau… mais comme en rêve et dont on s’éveille sans être sûr de ne pas avoir rêvé.
Une écriture curieuse, intelligente et érudite non sans charme.

Éditions Armada 
187 pages – 14 € 
ebook 5,99 € 
ISBN : 979-10-90931-15-2

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