« Piste sanglante – Vicky Nelson II » de Tanya Huff

Vicky_nelson_2_piste_sanglanteLa détective Vicki Nelson et son amant vampire partent à la campagne pour servir de gardes du corps à une famille de lycanthropes dont les membres sont assassinés par un tireur d’élite. La canadienne Tanya Huff aime bien les titres avec « blood » dedans, un peu comme le faisait à la même époque (vers 1991) sa consœur P. N. Elrod, auteure d’une ennuyeuse série policière et vampirique (Dossiers Vampire, toujours chez J’ai Lu… et abondamment soldés). Les mêmes idées ne produisant pas les mêmes effets, les petits bouquins de Huff sont tout sauf ennuyeux… même si les qualifier de sanglants serait bien abusif et décevrait à coup sûr les vrais amateurs d’horreur.
Après les démons du Prix du Sang, Piste sanglante passe aux loups-garous, dont on découvre même toute une petite famille. Système classique qui consiste à opposer des détectives de l’occulte à un type de créatures différent par épisode. Buffy a aussi joué beaucoup là-dessus.
Sans signer un chef d’œuvre sur le thème, on s’en doutait un peu, il faut tout de suite dire que Tanya Huff s’en sort une nouvelle fois avec les honneurs.
Ses personnages sont toujours admirablement croqués, et par conséquent prennent vie devant nos yeux. Les gentils (le trio de héros est super sympa) comme les méchants. Le comportement des hommes-loups mérite des éloges tant il fait vrai. Huff doit avoir eu l’occasion d’observer des chiens, voire des loups, car elle semble bien connaître la bête.
Fidèle à elle-même, l’auteure développe des idées généreuses : les monstres sont les victimes et les tueurs, tout ce qu’il y a d’humain. L’assassin qui bute les loups-garous un par un le fait par fanatisme religieux. C’est lui aussi un beau personnage, plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Tanya Huff semble détester les excès nés d’une ferveur religieuse extrême, ce qui achève de la rendre sympathique. Son point de vue sur les armes à feu est lui aussi très original sur le continent américain (peut-être moins au Canada qu’aux États-Unis, certes) : p.243 «… le monde serait plus vivable si, partout, la législation imposait une paperasserie assez lourde pour que la plupart des gens renoncent à en acquérir. »
Huff traite aussi en filigrane du racisme dont peuvent être victimes les « autres », ici et bien évidemment les loups-garous. Piste Sanglante parle d’intégration, de confiance dans les relations inter-éthniques.On le voit, le roman est loin d’être vide sans pour autant, Dieu merci, être un roman à thèse. Priorité à l’action !
Tanya Huff construit une histoire riche en émotions (avec un final emballant), sur fond d’enquête policière bien moyenne (qui continue trop longuement après que les coupables nous soient dévoilés). Assurément, l’auteure est plus forte pour faire vivre des personnages que pour signer un bon polar. Notons néanmoins un paragraphe hilarant, surtout quand on sait que Vicki Nelson a fini par être adapté à la T.V. : p.269 : « Si elle avait été dans une série télé, elle aurait découvert un bout de tissu déchiré (…) qui ne pouvait appartenir qu’à un seul homme. Il y aurait eu une course-poursuite, une bagarre, de la pub le temps d’aller aux toilettes, et l’affaire aurait été bouclée en une heure. » Tanya Huff est pleine de malice !
En matière de fantastique, elle use de clichés, mais avec un savoir-faire et un amour du genre certains. De toute façon, qui attend d’une série comme Vicki Nelson une conception révolutionnaire du fantastique, qui se fait aujourd’hui des plus rares ? Sérieusement, presque tout a déjà été écrit sur des thèmes aussi éculés que la lycanthropie, et il ne naît qu’un Serge Brussolo par siècle (Vous avez vu ce qu’il a fait du thème dans La Meute Hurlante ?). Même un génie comme lui est aujourd’hui plus ou moins condamné à recycler ses idées originales des années Quatre-vingt (Territoire de fièvre)… Non, ce que le fantasticophile actuel attend d’un écrivain ou d’un réalisateur c’est avant tout une une façon intelligente d’accommoder ou de contourner les passages obligés du genre. Pas forcément des idées novatrices dans l’absolu…même si c’est un sacré plus !
Tanya Huff livre un boulot impeccable, soigné dans les limites mêmes de cette pré bit-lit. Tous les éléments de la bit-lit, vouée au succès que l’on sait, sont là mais sans jamais apparaître comme les lieux communs qu’ils deviendront par la suite. La romance passe ainsi toujours au second plan, il n’y a pas non plus de place pour le porno plus ou moins soft.
Car, rappelons-le, si Tanya Huff a peu apporté au fantastique et à l’horreur proprement dits, elle a quand même largement contribué à la naissance d’un sous-genre entier : la bit-lit. Ce qui n’est pas rien… même si certains esprits chagrins le déploreront plutôt.
Il est d’ailleurs intéressant de constater que le phénomène s’éloignera progressivement de l’horreur pour traiter toujours plus de fantasy urbaine… et d’amour.
Avec Piste Sanglante, il n’en est rien. Le bouquin se lit vite (écriture simple et directe) et fait passer un bon moment… sans jamais faire peur, avouons-le. Mais Tanya Huff en a-t-elle seulement envie ?

Éditions J’Ai lu
315 pages – 6,70 €
ISBN : 978-2-290-02531-4

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