Présences d’Esprits n°47

Le voici, le voilà ; Présences d’Esprits (PdE), le fanzine des fanzines, cumulant les casquettes d’ancêtre (presque 14 ans au compteur) et de référence, salué pour son indiscutable qualité, la disponibilité de sa rédaction et la ferveur des membres de son club qui n’hésitent pas à investir salons littéraires et forums internet pour faire connaître leur œuvre. Le voici, le voilà ; et si on ne l’a jamais encore chroniqué ici-bas, c’est qu’il est lui-même entièrement dédié à cette tâche ingrate mais ô combien passionnante qu’est la critique et le décryptage du vaste monde de l’imaginaire sous toutes ses déclinaisons.
Directement dérivé du club Présence du Futur – qui prit le nom du fanzine par la suite – parrainé par Yvonne Maillard, ex-chef de collection de Présence du Futur chez Denoël, désireuse alors de mettre en contact les fans qui lui écrivaient, le fanzine est demeuré indissociable de son club et s’est depuis décliné en un hors-série (AOC) consacré à la nouvelle et à la BD. Distribué entre 400 et 500 exemplaires, PdE est parvenu à perdurer grâce au dévouement d’un petit noyau d’anciens et à l’apport de sang frais par le biais de la participation de divers adhérents du club éponyme. C’est ainsi que l’on y trouve une grande variété autant du point de vue des médias évoqués que des rédacteurs impliqués. Pour tout vous dire, il possède même dorénavant une section chroniques de fanzines que je ne me hasarderai pas à critiquer sous peine de faire dans la mise en abyme un peu vaine.
Ce numéro 47, en plus de ses habituelles rubriques Actualités, Livres, Cinéma, Télévision et BD, nous propose un dossier très riche sur la Fantasy Urbaine, deux longues interviews de l’auteure Mélanie Fazi et de l’illustratrice Krystal Camprubi et la traduction d’un article espagnol consacré à la SF Japonaise. Le tout égayé par une petite nouvelle.

La première chose qui frappe à la lecture de Présences d’Esprits, c’est le professionnalisme de son contenu. En dehors du support papier en format A4 qui, bien que de qualité, reste dans l’esprit fanzine, et du rendu d’impression un peu brut de certaines illustrations intérieures, rien n’indique que nous avons à faire à du travail de bénévoles désargentés : la mise en page est soignée et habilement versatile (2 colonnes pour le dossier et les interviews, 3 pour certains articles, 4 pour les critiques), les illustrations abondantes et aucune coquille n’est passée entre les mailles des multiples correcteurs. La lecture est de plus facilitée par l’homogénéité de ton des rédacteurs et par un style dans l’ensemble alerte et efficace.
Ainsi ce dossier sur la Fantasy Urbaine qui en 7 pages se permet le luxe d’en donner un aperçu et une définition assez complets pour nous donner l’impression qu’on n’en savait rien auparavant. De la partie purement historique à l’analyse précise du genre en passant par la spécificité des auteurs français qui se le sont réapproprié et la présentation de l’un de ses fondateurs Charles de Lint, rien ne manque à la description de cette branche de la littérature mêlant fantasy et fantastique. Ni même le petit guide donnant quelques pistes de lecture aux lecteurs les plus curieux.

Vient ensuite l’entretien avec Mélanie Fazi, l’auteure/traductrice qui monte, qui monte. Là encore, on prend le temps d’aller au fond des choses : l’interview s’étale sur 5 pages et parvient à être passionnante de bout en bout même pour ceux qui n’ont jamais lu sa prose (je confesse mon inculture). Entre l’interviewer qui pose des questions sortant des sentiers battus et l’interviewée qui n’a pas peur de la sincérité, le courant passe bien et nous permet d’en savoir autant sur le métier de traductrice et la vision de la littérature de Mélanie Fazi que sur ses doutes existentiels.
On retrouve cette même sincérité chez l’illustratrice Krystal Camprubi répondant aux questions pertinentes de la rédaction (entretien sur 5 pages, là encore). Ici nous est dévoilé le portrait d’une artiste complète et aussi exigeante que passionnée avec en prime quelques techniques de peinture captivantes qui vous feront probablement regarder le travail des illustrateurs d’un autre œil.

L’article sur la SF japonaise (traduit de l’espagnol) est un peu plus austère quant à lui, cherchant à faire davantage dans le digest exhaustif. En deux pages vous saurez pratiquement tout des origines de la science-fiction nippone de la part de l’un de ses spécialistes Nakazma Yasutoshi, traducteur japonais/espagnol et acteur du monde SF au Japon.

Je ne m’étendrai pas sur les parties chroniques du fanzine. Sachez juste qu’il y en a pour tous les goûts, que vous soyez adeptes de l’imaginaire sous sa forme littéraire, dessinée, cinématographique, télévisuelle voire vidéo-ludique. Bien que ces rubriques soient l’occasion pour nombre d’adhérents du club d’exprimer leurs avis et leurs intérêts, cela ne bouleverse en rien l’unité et le sérieux du ton signalée plus haut, comme s’il existait une sorte de charte de rédaction – virtuelle ou non – à laquelle tout un chacun souscrivait plus ou moins consciemment.

Passons à la rubrique nouvelle du fanzine, la petite parenthèse pour s’évader. Rédigée par l’un des anciens du fanzine (peut-être dans le cadre de l’un des ateliers d’écriture organisé par le club), Frédéric Bonneville, Transmission nous parle de la rencontre d’un jeune garçon un peu paumé et d’une dryade mourante, deux déracinés qui ont plus de points communs qu’ils ne le croient. Un récit qui se marie assez bien avec le dossier sur la Fantasy urbaine qui le précède mais qui manque à mes yeux d’âme et de souffle, à l’image de l’illustration qui l’accompagne. Difficile de plonger en deçà de la surface des mots qui le composent.

Enfin, une petite rubrique apéritif Ceci n’est pas de la science-fiction, compilant dépêches AFP et courts articles de Science et Avenir, qui est là pour nous rappeler que la réalité arrive toujours à rattraper la fiction voire parfois à la dépasser, clos le fanzine de manière légère et intelligente.

En conclusion, je n’ai quasiment que des éloges en bouche au sujet de ce fanzine et de l’équipe qui le fait vivre. Je ne saurai trop vous recommander d’y jeter un œil si d’aventure vous veniez à l’apercevoir – je me suis laissé entendre dire qu’il est distribué dans certaines FNAC. Au mieux, faites moi confiance et abonnez-vous. Vous ne serez pas déçu par cette mine d’informations dont vous pourrez aussi devenir acteur, puisque le club cherche de nouveaux collaborateurs.

— Neocrate

Présences d’Esprits
Trimestriel
5 €
50 pages N&B (couverture couleur)
anneau-monde.com

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