« Rainbow Warriors » d’Ayerdhal

Rainbow WarriorsCe n’est peut-être pas l’idée que l’on se ferait d’une armée à entraîner que 10.000 lesbiennes, gays, bi ou trans. Et ce n’était sûrement pas non plus l’idée que se faisait de la retraite le général de division Geoff Tyler. Non que cette retraite ait été parfaitement volontaire mais, lorsque son franc-parler vous a valu beaucoup d’avancement et de considération, il est rare qu’il n’y ait jamais de retour de bâton.
Seulement, voilà, lorsque Varansky vient le chercher pour rencontrer Koffane, l’ancien secrétaire général des Nations-Unies, le seul homme peut-être qu’il respecte vraiment, difficile de refuser. Et difficile de refuser aussi une idée folle à ce point quand il s’agit de rien de moins que déposer un dictateur africain et apporter la démocratie dans un tout petit état qui en a tant besoin.
L’argent ? Il y en aura autant que nécessaire vu les célébrités qui se sont associées au projet. Des soldats LGBT ? En quoi serait-ce un problème quand ils sont pareillement motivés et rêvent de liberté partagée ? Si bien peu sont soldats de métier, tout s’apprend, surtout lorsque les instructeurs sont à la hauteur. Geoff va y veiller personnellement.
Alors, évidemment, voilà une utopie mais qui n’exige pas une bien grande suspension d’incrédulité quand on a envie d’y croire parce qu’il faudrait que ce soit vrai.
Un livre qui vient d’ailleurs à point nommé après les incroyables débordements d’intolérance auxquels le droit au mariage vient de donner lieu dans un pays qui s’enorgueillit de la devise : liberté, égalité, fraternité. Eh bien, c’est le cas ici. Vraiment. Parce que où il y a la volonté, les chemins à suivre apparaissent.
Lorsque l’on doute parfois de l’humanité, il y a quelque chose de profondément satisfaisant à en découvrir une face si claire. Mais, en littérature, la bonté est parfois terriblement ennuyeuse.
Pas un écueil pour Ayerdhal qui en assaisonne l’impertinente démonstration d’un humour magistral. Les personnages n’en manquent pas non plus, que ce soit Jean-No qui griffonne dans son petit carnet de nouveaux uniformes plus seyants, ou Fabienne, qui tient un pub gay avec tant de conviction que ses clients suivront, et que dire de Pilar la révolutionnaire, trop unique pour être qualifiée de quelques mots ? Sans compter les Mambésémis eux-mêmes et pléthore de célébrités si fidèlement campées qu’on est tout disposé à les créditer d’un pareil projet. Mais il y en a tant. Et des caractères tellement typés qu’il aurait été facile de tomber dans la caricature. Mais non. Pas ici.
Cinq cents pages pleines de rebondissements et qui se lisent sans que s’y glisse le moindre moment d’ennui. Qui pourrait croire qu’on se passionne pour les aléas d’une guerre civile quand la réalité vous en sert quotidiennement à toutes les sauces ? C’est le cas. Et puis, cette fois, on sait réellement qui sont les bons.
Une écriture gouailleuse et si pleine d’enthousiasme que la lecture en est toute éclaboussée. Un bonheur !

Éditions Au Diable Vauvert 
523 pages – 20 € 
ISBN : 978-2-84626-492-1

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