« Sanshôdô – La Voie des trois vérités » de Jean Milleman

sanshodoTrois nouvelles. Trois façons d’aborder l’altérité mais trois façons qui n’en sont qu’une au fond : l’ouverture. Il n’y faut que l’arrivée des « zitis », grâces soient rendues à la science-fiction, pour que la réflexion s’enclenche en douceur.
Avec Lanatkka-nagui, on entre directement dans le vif du sujet : les extra-terrestres ont débarqué. Et ils ont débarqué partout en même temps, et ils sont tous différents, et tout ce que nos sciences et nos technologies comptaient de pointu, ils le possèdent, et en mieux. Logique, si les terriens avaient été les plus avancés, ce sont eux qui seraient partis envahir d’autres mondes. Mais ils sont là et ont eu le bon goût de ne nous approcher qu’à travers trois de leurs espèces : les Arachnoïdes, les Delphies et les Tatous pour éviter de nous perturber au-delà du raisonnable.
Perturbé, il y a de quoi l’être, et dégoûté de surcroît pour un jeune chercheur, juste embauché par l’Aérospatiale, à la suite d’une thèse brillante sur l’influence de la gravité dans la reproduction des vertébrés supérieurs devenue dans l’instant obsolète autant qu’inutile. Aucune connaissance que nos visiteurs n’aient découvertes auparavant. Aucune question à laquelle ils ne puissent répondre. Il allait de soi que les gouvernants de la Terre s’estimaient en danger de perdre le pouvoir. D’où la création d’une Centrale planétaire, moins au service de la coopération scientifique qu’à celui du renseignement.
C’est donc avec bien des préventions que le narrateur consentira à l’espionnage et sera envoyé comme adjoint, dans un cadre de protocole inter-espèces, auprès d’une Nagaï installée dans la station spatiale en orbite. Mais qu’y a-t-il à espionner quand toutes les connaissances sont à votre disposition ? La seule découverte, sans doute, c’est celle que toutes les espèces pensantes, tous les sapiens n’ont d’autre désir que la connaissance. Et que cette ressemblance transcende toutes les différences, au point qu’on peut tomber amoureux.
Rien de tel dans Leboeuf se paye une toile. Rien de tel, c’est vite dit, mais c’est sous forme de polar, cette fois. Avec un policier assorti. Le genre pitbull, son surnom d’ailleurs, à la fois pour son apparence physique et pour sa manière de résoudre les enquêtes. Toujours seul, évidemment, en bon asocial qui se respecte. Célibataire, d’ailleurs, et vaguement amoureux d’une tortue marine… parce que les arachnoïdes, vraiment, c’est non. Pas qu’il refuse de travailler avec, il l’a déjà fait avec Cocotte, mais difficile de surmonter les différences culturelles, hein ?
Cependant, il s’agit cette fois d’une enquête si politiquement délicate qu’on lui adjoindra une coéquipière delphy assez aimable pour apprécier sa vielle Porsche Carrera. Quant à la fin…
Beaucoup d’humour ici avec un coup de patte à l’agrochimie : végétariens s’abstenir. Vers 2025, le colza transgénique aura à ce point envahi les terres, qu’on ne pourra plus guère manger que de la viande.
Ces Trois petits pas sur le chemin de la sérénité sont ceux que fera Sean Destich, juge au tribunal pénal international, désireux d’approfondir sa connaissance de la justice. Et il les fera en partageant une cérémonie du thé toute japonisante en compagnie de l’être le plus ancien de l’univers, auprès duquel les Zitis l’auront conduit, et qui ne saurait être bien évidement qu’un dragon.
Est-ce un conte ? Une très malicieuse leçon de philosophie ? Ou les deux ? Les deux certainement car ces trois textes, tout en légèreté, se lisent avec plaisir tant en raison de l’écriture parfaitement maîtrisée de l’auteur que par son propos. Une invitation à regarder l’Autre en ce qu’il nous ressemble ou à se sentir enrichi de sa différence.

Éditions Ad Astra
107 pages – 10,50 €
e-book
ISBN : 978-2-919241-29-3

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