« Semailles Humaines » de James Blish

Ganymède. Vous connaissez ? Il s’agit de l’un des satellites inhospitaliers de Jupiter. Vous avez certainement entendu parler de la poignée d’Hommes Adaptés qui y résident à l’air libre ; cette colonie félonne au patrimoine génétique bouleversé qui résiste encore et toujours à la pression du gouvernement terrien. Mais la fronde va vraisemblablement faire long feu : la police a secrètement mis au point son propre Adapté pour infiltrer les rangs des insurgés. Cet Adapté, c’est Sweeney, un brave garçon qui rêve de devenir un véritable être humain, un individu apte à la vie sur Terre. Sweeney est prévenu : il a l’avenir de son humanité et de l’Humanité en général entre ses mains. Et une quête aussi transcendante, ça a de quoi le faire vibrer jusque dans ses veines charriant de l’ammoniac et dans ses os de glace IV.

Voici un roman paru en 1957 et qui peut se targuer de n’avoir pas pris une ride. Son thème, qu’on pourrait presque qualifier de message, demeure aussi audacieux aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Plus encore même, puisque la science a avancé un petit peu dans le sens anticipé par l’auteur et que la méfiance à l’égard des manipulations génétiques s’est confirmée.
Ce thème, quel est-il ? Celui de la pantropie. Un néologisme crée par James Blish pour décrire une branche de la génétique chargée de modifier le génome humain afin de l’adapter aux différents écosystèmes que lui réserve l’Univers. Une sorte d’eugénisme favorisant la biodiversité. À chaque planète sa branche transformée d’Humanité. Une solution plus rapide, plus économique et plus écologique que la fameuse terraformation vantée dans tant d’ouvrages. Mais une solution ô combien difficile à tolérer sur le plan philosophique. La preuve en est que cette idée n’a pas été reprise par beaucoup d’auteurs de SF contrairement à la terraformation qui coule encore de beaux jours.
Ce qui nous amène au deuxième thème de ce roman, périphérique au premier : la croyance, consciente ou non, en une forme de pureté raciale et son corollaire, la peur de l’altération et de l’altérité.
En quatre gros chapitres et autant d’histoires, d’époques et de lieux, Blish s’attache à décrire l’ingéniosité de l’Homme dans sa lutte pour survivre et prospérer, et sa volonté inflexible d’accomplir la destinée qu’il s’est fixée d’essaimer l’Univers ; le tout malgré les environnements inhospitaliers dans lesquels il est amené à évoluer et malgré l’anathème jeté par certains de ses pairs non modifiés.

Un roman étonnant, avec ce qu’il faut de hard-science pour donner de l’épaisseur aux théories mises en avant, à la fois visionnaire et ingénu, à contre-courant de bien des visions pessimistes de l’Humanité qui ont prévalu et prévalent encore dans le milieu SF
Un bel exercice de pensée et un récit qu’on n’oublie pas de sitôt.

Éditions Folio SF
330 pages
ISBN : 2-07-032677-2