Solaris n°181

solaris181Aussi ponctuelle que le cyber-coucou d’une horloge atomique, la revue trimestrielle québécoise nous délivre son numéro d’hiver 2012.
Au menu : huit nouvelles, dont trois sont des premières publications d’auteurs chez Solaris, un long article de Mario Tessier intitulé L’Homme est bon (miam !)… ou comment servir l’homme et une pléthore de chroniques. L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire, ainsi que l’annonce le sous-titre, présente toujours les mêmes grandes qualités et menus défauts. Son format livre broché, solide et agréable à prendre en main, sa maquette sobre et professionnelle n’ont comme infime contrepoint que des illustrations intérieures dispensables ne rendant pas honneur aux textes qu’elles accompagnent. Mais c’est juste histoire de pinailler.
Voyons ce que nous réservent les fictions de ce trimestre.

Quand les pierres rêvent d’Ariane Gélinas
La session débute sur le récit d’une souffrance mêlée d’impuissance. Les phrases courtes au présent, les tournures oscillant entre poésie sèche et quasi maladresse, les circonlocutions hallucinées du narrateur, l’étrangeté aux accents familiers du monde, tout concourt à donner l’impression de vivre un mauvais rêve éveillé. L’histoire est finalement anecdotique mais s’efface volontiers devant une ambiance lourde qui ne laisse pas indifférent.

Les mémoires de sainte Marcelle de Karine Raymond
On revient à une lecture au premier degré avec ce récit qui choisit l’angle de la claustrophobie, de l’assujettissement et de l’obscurantisme vécus au sein d’un couvent comme base d’une fiction fantastique et haletante. Si sa fin est légèrement convenue, cette histoire est remarquablement menée avec ses personnages consistants, sa narration efficace et sa montée en puissance. Impressionnant quand on sait qu’il s’agit d’une première publication.

Elle, dans la forêt de Claude Mercier
Un court récit sur le retour à la nature d’une mourante. Des phrases interminables et un propos brumeux incitent moins le lecteur à la communion à la flore qu’à la somnolence. Un de ces textes décalés et apéritifs qui participent à l’hétérogénéité du sommaire mais ne laisse pas grand souvenir.

Les Adorateurs de sorcières, de Jean Carlo Lavoie
On sort du récit symbolique et on repasse en mode premier degré. Quoique… c’est plutôt un décryptage au second degré, voire davantage, qui est recommandé au lecteur pour appréhender cette histoire rocambolesque de détective dur-à-cuire et de conspiration surnaturelle. Un hommage aux vieux pulps et au cinéma de série B en forme de palimpseste qui se complait tellement dans l’imitation de ses modèles qu’il parvient à étouffer la moindre étincelle d’originalité et de spontanéité. Un exploit en soi. Sentez-moi cette odeur d’encaustique…

Grand-Duc de Michel Franskaya
En contraste avec le texte précédent, voici un récit surprenant de fraîcheur et d’inventivité. Même si le ressort dramatique, l’annihilation du monde par l’arme atomique, est un peu usé, la nature du narrateur, un hibou robotique avec la conscience copiée-collée d’un humain, et son introspection qui fait d’habiles allers-retours dans la succession des évènements, rendent cette histoire en tout point fascinante et poignante. Une réussite qui fait souhaiter que ce premier texte de Michel Franskaya chez Solaris soit suivi par de nombreux autres.

Quand rêve le Murnau de Jonathan Reynolds
À nouveau une histoire aux accents oniriques marqués. Bien que possédant une atmosphère somnambule et étouffante rappelant le premier texte du sommaire, ce récit franchit un palier dans l’angoisse tant on a l’impression de revivre un cauchemar récurrent. Il faut dire que la salle de cinéma est l’endroit rêvé pour que s’efface la distinction entre fantasme et réalité.

Crise phatique de Denis Roditi
Le récit surréaliste du lot. De prime abord sympathique, cette histoire se révèle rapidement plombée par sa relative longueur qui délaye son caractère surprenant. D’autant plus qu’il y a un message à la clé et qu’il est du genre à enfoncer les portes ouvertes : les téléphones empêchent les gens de communiquer. L’abondance de noms de marques commerciales et certains mauvais jeux de mots achèvent de rendre cette histoire anecdotique.

Le Retour en taxi de Guillaume Marchand
Un excellent récit d’angoisse pour conclure cette anthologie. Très inspiré de Stephen King au niveau de la mise en avant de l’angoisse du quotidien et de la montée en crescendo du suspense, ce texte est remarquable aussi par sa trame non linéaire et son personnage principal torturé et bien retranscrit. Le passage du récit se situant au Maroc et les interactions des protagonistes entre eux sont formidablement immersifs. On s’étonne et on s’émerveille une nouvelle fois qu’il s’agisse d’une première publication professionnelle. Solaris a décidemment l’art de dénicher des pépites.

160 pages – 10 $ canadiens 
ISSN : 0709-8863 
www.revue-solaris.com

%d blogueurs aiment cette page :