Solaris n°182

solaris182Historiens de la SF et autres exégètes du genre, vous ne devez rater le Solaris 182 sous aucun prétexte, pas même celui de sa difficulté à en dénicher un exemplaire en notre contrée hexagonale. Ne vous fiez pas à son dessin de couverture disgracieux, pour une fois à l’aune des illustrations intérieures, son contenu recèle une vraie pépite pour tout passionné : un long essai d’Élisabeth Vonarburg sur la SF. Le texte a l’ambition d’inspecter le genre sous un angle psychanalytique à travers un certain nombre d’œuvres emblématiques, ambition que Vonarburg modère en précisant dès le titre qu’il s’agit de psychanalyse sauvage.
Un quart du contenu du trimestriel étant réservé à ce volumineux dossier, la section nouvelles se voit réduite à cinq textes.
Buffet à volonté de Claude Lalumière On commence avec un récit initialement paru dans une anthologie en anglais sur les vampires de Nancy Kilpatrick : l’histoire est celle d’une jeune fille gothique qui écume les boîtes de nuit à la recherche du grand frisson et qui va découvrir la façon dont les vampires se sont adaptés à l’ère moderne à son corps défendant. Le récit, apparu dans une antho censée défricher de nouveaux territoires, n’est pas original pour un sou mais ce menu défaut se voit amplifié par des personnages creux et surtout une narration irritante, surchargée de ce franglais propre au style familier québécois et presque illisible quand on n’y est pas accoutumé. Style outrancier de l’auteur ou main lourde de la part de la traductrice ?
Tout à la fois de Dave Côté Un peu de SF et de folie pour faire oublier le premier texte. Suite au crash d’une sorte d’ovni organique, le motocycliste qui passait à proximité se met à fusionner mentalement et physiquement avec tout ce qui l’entoure. Si le scénario, délirant en diable, semble surtout être le prétexte à une expérimentation formelle, le résultat mérite franchement le coup d’œil. La narration chaotique, bouillonnante, nous étourdit dés les premières lignes au risque de nous faire lâcher prise faute de point de repère mais se révèle gratifiante si l’on va jusqu’au bout de ce court texte spontané et aventureux.
L’envers du labyrinthe d’Ariane Gélinas Une mathématicienne passionnée de crypto-labyrinthes urbains entraîne un chauffeur de taxi dans l’envers du décor de Montréal. Hommage conscient ou non à la saga des Princes d’Ambre de Roger Zelazny, cette histoire fantastique à la narration toute en subtilité et en ellipses est une véritable perle du genre. L’auteure y fait preuve d’une maîtrise et d’une maturité qui n’étaient encore qu’en germes dans sa contribution au Solaris précédent.
Pièces détachées de Martin Mercure Un peu de fantasy mâtinée de fantastique pour varier le menu. Cette nouvelle, la plus longue du lot, se lit comme un roman : une narration classique mais efficace, des décors variés, des situations rocambolesques et des personnages hauts en couleurs, surtout l’infâme protagoniste principal qu’on adore détester. Quant à la fin, sympathique sans être un sommet d’originalité, elle est servie sur un plateau par un suspense en forme de jeu de piste macabre.
Évolution de Natasha Beaulieu Un deuxième récit tiré de l’anthologie de Nancy Kilpatrick mentionnée plus haut. Cette fois, c’est l’auteure qui s’est chargée de la traduction de son récit. Même recette que pour Buffet à volonté : un vampire ténébreux qui s’est adapté à notre époque et une jeune gothique en victime presque consentante. Si la narration est plus sobre et efficace que pour le premier texte, on reste largement sur sa faim en matière d’innovation de ladite « évolution ».
S’il n’est pas question ici de livrer une critique de la psychanalyse (sauvage) de la SF d’Élisabeth Vonarburg, sachez tout de même que sa lecture en vaut autant le détour que l’effort était louable. Le texte a le défaut d’être exagérément concis, voire par endroits superficiel, et d’être plus une curiosité qu’une source de référence mais demeure souvent pertinent et lance des pistes de réflexion inédites pour qui n’a pas lu toutes les préfaces de Gérard Klein chez Laffont. Preuve, s’il en est besoin, qu’en matière d’interprétation le filon de la SF n’est pas prêt de s’épuiser.
Le dossier de Mario Tessier, passionnant comme d’habitude, sur la poésie scientifique en est d’ailleurs une autre démonstration.
Un numéro de Solaris à recommander chaudement, donc, mais plus en regard de ses dossiers que de ses nouvelles, pour changer.

160 pages – 10$ canadiens 
ISSN : 0709-8863 
www.revue-solaris.com

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