"Solaris n°174"

Solaris profite de ce numéro pour mettre à l’honneur la SF française dont Mario Tessier, sous le titre clin d’œil de Barbarella, mon amour, rappelle qu’elle est bien vivante. Qu’elle fut d’ailleurs bien vivante dès les origines, même si pour des raisons toutes idéologiques et donc, en fin de compte, bien regrettables, tout ce qui va des années quarante à soixante, a plus ou moins été tenu délibérément dans l’oubli. Mario Teissier évoque non seulement les « grands anciens » mais en fait donc un tour complet – et sur l’ensemble des supports, livres, BD, films – des origines (que de souvenirs !) à nos jours en évoquant, entre autres, l’impact assez considérable du Matin des magiciens de Jacques Bergier et Louis Pauwells et de la célèbre revue Planète. Encore qu’il ne soit pas certain que la publicité qui fut alors donnée à nombre d’auteurs américains inconnus en France et à bien des illustrateurs, tout en faisant mieux connaître la SF, n’ait pas entraîné en parallèle un certain éloignement du public en raison du manque de recul dans le traitement des sujets.
On ne s’étonnera donc pas à la lecture de la nouvelle de Richard D. Nolane, Le Malin des magiciens. On y retrouvera Bergier comme personnage central d’une histoire décousue, et une abondance de références qui ont marqué toute l’époque mais échapperont sans doute à la nouvelle génération de lecteurs. Je vous laisse en découvrir le motif.
Lilas, de Pascale Raud, joue dans un tout autre domaine, celui de la sorcellerie issue des brumes bretonnes. Un texte poétique avec, en filigrane, le présent désenchantement de terres qui furent enchantées.
Agréable lecture aussi que celle de Sur la plage, de Philippe St-Gelais, une variation sur l’éternel mouvement des marées du temps qui ramènent toujours sur la grève les mêmes chagrins.
La dernière fête avant l’oubli, de Romain Lucazeau, est tout à fait séduisante. Dans une république idéale où les citoyens sont d’autant plus vertueux qu’ils sont éternellement appelés à occuper des fonctions différentes à chaque changement de cycle, le Censeur Antiochus est troublé. Troublé par une seule petite plume antique tombée sur la scène d’un théâtre, alors même qu’il aurait eu tendance à s’assoupir devant le spectacle. Après tout, on est à la veille de la Quarante-troisième Structure Sociale.
Bien que le propos ne soit pas indifférent, je ferai l’impasse sur Monsieur Gâteau de Dave Côté. Je n’ai pas aimé.
On continue avec un bel article de Jérôme-Olivier Allard sur le célèbre personnage de Conan et sur son créateur : Quand un écrivain à gages engendre un barbare. un tour bref mais complet sur la vie de Robert E. Howard et la genèse de son œuvre, le tout suivi d’une courte présentation des aventures de l’héroïque barbare.
La revue s’achevant, comme à l’habitude, sur les critiques très pointues de la rubrique Lectures et le coup de cœur des Littéranautes, en l’occurrence Jonathan Reynolds, pour le Maleficium de Martine Desjardins.

– – Hélène

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