Solaris n°176

Un nouveau numéro de Solaris particulièrement réussi et, aussi, dédié à la mémoire de Jacques Brossard, décédé cette année.
Il contient trois nouvelles, dont la première, assez longue, Pour l’honneur d’un Nohaum, est due à Philippe-Aubert Côté. Une civilisation post-apocalyptique, une terre peuplée de mutants… mais il resterait pourtant quelques humains qui auraient survécus. Ils vont être le but d’une expédition. Dit comme ça, rien d’extrêmement original, mais tout est dans le traitement du sujet. Très bien, Un petit regret, la situation géographique de ces survivants. La Russie revient toujours sur le tapis comme si, de ce côté-là de l’océan, nombre d’auteurs ne pouvaient se débarrasser de cette dichotomie du monde qui commence à dater.
Le Double d’éternité, de Frédéric Vacher, est une variation également intéressante sur une immortalité virtuelle. À sa mort, Ernesto Garcia Lopez, un des derniers grands peintres du XXIè siècle, espérait bien plonger dans l’éternité de beauté qu’il avait choisie grâce à Nirvana, complexe informatique chargé de la numérisation de grands personnages. Mais l’informatique est, tout comme l’enfer, pavée de bonnes intentions.
L’Art du dragon de Sean Mc Mullen est assurément une méditation sur la valeur de l’art mais dans une veine particulièrement amusante. J’ai beaucoup goûté l’humour de ce dragon, qui restera pourtant tout à fait silencieux, après avoir croqué la Tour Eiffel, le Louvre, avant de passer à Londres, Berlin, Saint-Pétersbourg… puis, l’estomac dûment lesté, d’aller s’endormir sur une plage australienne.
L’article de Marc Ross Gaudreault, Amazing stories et l’émergence de la science-fiction, dont le sujet est contenu dans le titre, ne manque pas d’intérêt. Hugo Gernsback s’y taille la part du lion sans que ses successeurs soient oubliés, malgré une science-fiction française de la même époque dont l’apport, non négligeable, se trouve réduità la portion congrue.
Suit une étude, toujours très érudite, de Mario Teissier sur les langues inventées : Les Trésors de Babel. Avec l’historique et la typologie de ces langues, sans compter le petit clin d’œil en encadré Créez votre propre langage imaginaire. En s’attardant, certes, aux langues des ouvrages de fiction, avec une mention toute particulière pour Tolkien, auquel elles servirent de fondations pour la Terre du Milieu, mais sans omettre celles entrées plus ou moins largement dans le langage réellement parlé, comme l’espéranto ou le Volapük.
De longues nouvelles suivies de deux articles fouillés, du coup Les Littéranautes, consacrés au Serrurier de Mathieu Fortin, et la rubrique Lectures, avec trois titres seulement paraissent bien menus en dépit de leur pertinence.
Un vraiment très bon point pour ce numéro d’automne.

— Hélène

%d blogueurs aiment cette page :