Solaris n°186

solaris 186C’est au fantastique urbain qu’est consacré ce numéro avec cinq nouvelles.
En ouverture, L’Oiseau de fer de la rue Norman sous la plume d’Esther Rochon.
Un oiseau que le narrateur ne découvrira dans l’ensemble des voies de communication qui entourent son quartier qu’après que ses yeux aient été dessillés par trois inconnus rencontrés une nuit au-dessus du petit tunnel de la rue Norman. Un petit tunnel, ultime limite du quartier à ne pas franchir donc fascinant pour un enfant et devenu anodin pour l’adolescent qu’il était devenu. Mais s’il n’a pas trouvé cette nuit-là le cœur de l’oiseau, toute sa vie en aura été changée, et aussi sa conscience de la ville, sa ville : Montréal.
Après cette courte nouvelle touchée de poésie, Mathieu Croisetière arrive, lui, à nous faire basculer dans le fantastique à propos d’un vol de tondeuse à gazon. Disparition. Quoi de plus prosaïque pourtant ? Seulement, ça commence par une tondeuse, puis par une voiture puis… jusqu’où cela peut-il aller ? Et pourtant, le sale gosse de la voisine ne peut pas ne pas avoir tout vu.
C’est sur Le Chemin délesté que Frédérick Durand aime égarer Antoine. Pauvre Antoine qui n’arrive pas à faire le deuil de sa tendre épouse. Ni le psychiatre, ni ses amis, ni son travail ou sa vie ne trouvent grâce à ses yeux, sans parler de son bien morose voisin. Toujours l’impression qu’Emma est là, à côté. Et si le suicide lui permettait de la retrouver sur ce joli petit chemin de campagne où elle l’attend quand il ferme les yeux ?
Le héros d’Yves Meynard, lui, n’a guère de vie sociale sinon sur facebook. À vrai dire, ayant toujours cherché à ne pas se faire remarquer, c’est presque un effort mais il a fini par suivre les discussions d’un club de rôlistes. La jeune Marie-Lyne qui l’a demandé en « ami » vaut peut-être qu’on sacrifie des économies pour acheter Les Mystères d’Innsmouth si coûteux et aller faire un séjour à Québec pour y jouer avec ces amis virtuels. Petit conte démoniaque ou approche de la démence, ce sera au lecteur d’en juger.
Avec Commensalisme, Sébastien Chartrand signe un très court hommage à Maupassant en s’attachant à la véritable nature du Horla et à ses liens avec la jeune Mélanie. Qui contrôle l’autre ?
On lui doit également un article très propice à la réflexion sur l’ingénierie génétique : Génétique, transgénèse, transhumanisme ou Quand la SF souligne les enjeux sociaux avant que la science ne les suscite.
Miroir, miroir, dis-moi… Mario Teissier nous emmène cette fois non dans le passé mais bien autour du monde à la recherche des plus grands téléscopes. Mais comme il est difficile de se changer (par chance), ce voyage est accompagné d’un historique de l’objet, de son inventeur, de ses aléas géographiques et, revue oblige, de ses rapports à la science-fiction. Comme toujours, très intéressant.
Également consacré à la science-fiction, mais aussi à la fantasy, Sci-néma. Christian Sauvé y étudie l’évolution du cinéma en passant par l’hypertrophie des budgets consacrés à des productions exigeant de plus en plus d’effets spéciaux. L’analyse d’un certain nombre de productions, souvent de qualité, démontre aussi qu’en l’absence d’intrigue solide, la beauté des images n’est pas toujours suffisante à faire un succès.
Pour finir, comme à l’accoutumée, les (nombreuses) chroniques des Lectures et celle des Littéranautes, consacrée cette fois au seul Corax de S. Dompierre.
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