Solaris n°187

solaris187 2Comme le souligne l’éditorial que suit un court hommage à Jack Vance, un numéro très « SF urbaine » sous une élégante illustration de couverture due à Xin Ran Liu. Avec six nouvelles au menu :
La Plate-forme de Carl Rocheleau est celle sur laquelle s’installe Valentin pour passer par la Porte entre le monde réel et le monde virtuel. Mais l’arrivée d’Hélène dans sa vie et des lectures qu’elle lui suggère vont l’amener à des questions sur la réalité. Une idée classique mais une réalisation originale.
Les deux nouvelles suivantes sont très courtes puisqu’écrites dans la cadre du Prix d’écriture sur place, Boréal 2013. Brouillard de Dave Côté où flottent des relents d’espionnage, comme Trou noir de mémoire de Geneviève Blouin, évoquent tous deux l’effacement des souvenirs qui fondent une personnalité, si ce n’est que cela peut être ou non volontaire.
Aditus de Sébastien Chartrand, est la nouvelle que j’ai préférée. Dans la région d’Izmir et d’Ankara, Catherine se livre à une collecte de données approfondies sur des bronzes admirables trouvés lors de fouilles archéologiques. Tous, essentiellement des guerriers byzantins du XIè siècle, sont merveilleusement ciselés et chaque découverte est aussitôt emballée sous un film de nano-plastique pour éviter toute trace d’humidité. Et puis, la statue d’une jeune fille d’un type différent.
Avec Autre, John Mole suggère que d’autres types humains coexistent avec l’homo sapiens. Ils font même l’objet d’études mais ils sont déjà tellement au-delà de toute étude ! Un texte de SF donc, auquel un traitement extrêmement onirique fait perdre beaucoup de sa consistance.
Ô Laurentie de Jean-Pierre Laigle, prolonge la lignée de Mon Journal pendant la drôle de crise faisant également partie d’une histoire du futur. Toute bien écrite qu’elle soit, cette nouvelle est trop circonscrite géographiquement et culturellement pour ne pas me laisser parfaitement indifférente.
On y trouve également le texte de la conférence faite par John Crowley Sur le Romanesque lors du Congrès Boréal 2012. Une étude complexe et intéressante dans laquelle l’auteur évoque son approche de l’écriture depuis l’enfance et l’influence de Nabokov sur ses conceptions du roman. De Platon à la Guerre des étoiles en passant par Shakespeare, il souligne aussi l’importance qu’il a accordé à l’essai de Frye sur sa propre perception du romanesque et les passerelles entre littératures sacrée et profane et celles dites d’évasion.
Le carnet du Futurible est consacré cette fois à La Renaissance de Barsoom. Comme à l’accoutumée Mario Teissier s’y livre à une analyse aussi érudite qu’approfondie. En rappelant tout d’abord l’historique préalable à la création de cette Mars fictive d’E. R. Burroughs, inspirée, entre autres, des travaux de Laplace et des découvertes de « canaux » par Schiaparelli. Fiction suffisamment « réaliste » pour avoir largement pesé sur l’imaginaire américain en dépit de travaux scientifiques ultérieurs. Il n’est qu’à se reporter aux œuvres de Wells, Bradbury, Clarke, Priest ou Brackett, sans compter la filmographie, pour mesurer la place toute particulière que conserve Mars chez les auteurs et amateurs de SF.
Christian Sauvé se livre ensuite à une critique sans complaisance mais pertinente des films de science-fiction, avec Sci-néma, tout en soulignant les difficultés que rencontrent ceux-ci, auxquelles de très triviales réalités commerciales ne sont pas étrangères.
La revue se clôt sur les deux rubriques habituelles de chroniques : les Littéranautes et Lectures. Beaucoup de tentations donc.

ISBN : 9-782896-159772

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