Solaris n°191

191Sous une couverture poétique de « Dame blanche » due à Laurine Spehner, neuf nouvelles dont la première, La Colocation de Josée Lepire, a reçu le Prix Solaris 2014.
Une nouvelle qui s’attache à cerner les rapports entretenus entre créateurs de contenu virtuel et leur création. Et ils ne sont pas évidents si l’on en croit Noémie Tureau, une professionnelle de la programmation des amimas et verpers – des amis imaginaires en quelque sorte. Un texte intéressant en ce qu’il se fait l’écho d’une interrogation bien contemporaine sur les progrès de la technologie.
Pour une Littérature hors-la-loi d’Éric Gauthier. Ce texte très court qui se présente sous forme d’une intervention lors d’un congrès, est un véritable petit bijou d’impertinence ironique et, comme tel, tout à fait approprié à souligner l’actuelle condition des auteurs et du livre.
Suivent trois mini-nouvelles, lauréates du prix d’écriture sur place lors du Congrès Boréal 2014, accompagnées de la photo sur laquelle devait se baser leur inspiration. Comme on le verra, la palette est large. Si les créatures d’Emmanuel Trotobas se dirigent impatiemment vers Une Petite lumière sans attendre le reste des leurs, trop lents, celles, plus dangereuses, de Geneviève Blouin se réjouiront au contraire de cet Éveil prématuré. Quant à La Décharge de Francine Pelletier, la petite Kayli y trouvera tout ce dont elle a besoin car, dans son monde, il n’y a guère d’autres besoins que vitaux
La Muse de Versurleau, de Jean-Pierre Covell, en appelle à ces êtres légendaires, qui n’ont peut-être pas tous disparus, puisque l’art et, en particulier, la musique créent un pont entre leur monde et le nôtre. J’ai beaucoup apprécié, même si les graphies Gaulle et Amorique me piquent les yeux.
Avec Emma, David Côté se glisse auprès de Dave lorsqu’il redescend dans cet habitat sous-marin qu’il a quitté voici huit ans et qu’il a décidé de vendre, non sans un pincement au cœur, maintenant qu’il est revenu sur la terre ferme. Après tout, n’est-ce pas absurde de laisser une telle structure se détériorer alors qu’elle fonctionne encore et qu’elle pourrait lui rapporter de quoi couvrir une bonne partie de ses dettes ? Alors, bien qu’il n’ait plus eu envie de redescendre, il lui faut débarrasser les quelques affaires qui y traîneraient encore et d’abandonner tout regret. Après tout, les acheteurs effaceront toute la programmation d’« Emma » à laquelle il s’était tellement habitué.
Il s’agissait d’un texte à contraintes, limitées, dans le cadre de l’atelier d’écriture 2013 d’Élisabeth Vonarburg, auquel participait également Isabelle Lauzon. On retrouvera donc les fonds marins dans Marie-Amélie. La jeune fille a rejoint les rangs des prêtresses marines et sa mère, la narratrice, entend bien la ramener à la raison. Un joli texte mais sans doute trop court pour un propos aussi ambitieux puisqu’il touche à la fois aux interrogations d’une femme et d’une mère sur ses capacités, à l’altérité et à la conscience écologique.
Le propos d’Attente est plutôt mince, qu’on en juge. Par une de ces soirées plutôt grises du temps d’Halloween, Michel attend Manon inhabituellement en retard et se soucie de ne pouvoir la joindre sur son portable. Sauf que de ce trois fois rien, Mathieu Croisetière réussit assurément le plus strictement fantastique de cet ensemble de textes.
Valérie Bédard et Mario Giguère se proposent ensuite d’établir un assez vaste récapitulatif justement titré Les Films de zombies : du meilleur au pire, un guide pour néophytes. Un sujet très « mode » mais qui ne saurait être qu’une « curiosité » parmi d’autres pour peu que l’on se plonge dans Le Cabinet de curiosité ou l’émerveillement du monde, sujet qu’a choisi cette fois Mario Tessier pour ses Carnets du Futurible. La rubrique que je préfère, je crois.
Enfin, comme à l’accoutumée, les chroniques très étayées des deux rubriques Les Littéranautes et Lectures apportent une aide bienvenue dans le vaste choix de tentations littéraires du moment.

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