« Solaris n°194 »

Solaris192Triste chose que commencer la lecture d’un numéro de printemps par les souhaits de Joël Champetier que ses lecteurs aient pu oublier les froids exceptionnels d’un hiver n’en finissant pas. Il y rendait également hommage à Terry Pratchett, juste disparu, avant de disparaître à son tour. Triste hiver, et triste printemps.
Pour autant, une certaine légèreté dans la nouvelle d’ouverture, Les Précieuses minuscules, de Natasha Beaulieu, encore que, sous les dehors d’un humour plutôt machiste, elle ne soit finalement guère charitable pour ses protagonistes.
Projection privée, de Pierre-Luc Lafrance, nous conte comment, et pourquoi, Jacques Lampron, critique de cinéma à la dent dure, obtiendra une projection privée justement, donnée à son seul bénéfice, si l’on peut dire. Un texte fantastique qui se voudrait horrifique mais passe à côté de son propos, faute d’avoir pourvu son héros de la moindre faille où se glisserait l’empathie du lecteur.
Objets intelligents, la courte nouvelle qui suit, due à Jean-Noël Lafargue, n’a certainement pas le privilège de l’originalité. Elle se laisse néanmoins lire avec un plaisir entièrement du au style de l’auteur, ce qui n’est pas un mince mérite tant le thème en est rebattu.
Les Raisins de Gournah relève moins de la nouvelle que d’un presque documentaire. Relation d’un court voyage d’affaires effectué à Louxor par Martin Thibaud. Une prospection touristique, en somme. Qu’elle se passe dans le futur et qu’y soient évoquées des IA, a moins d’importance que cette atmosphère particulière de chaleur, de sable et de poussière du temps où Célia Chalfoun guide nos pas, le temps de quelques pages.
Une mention particulière pour la nouvelle de Frédérick Durand, la dernière, Pour que s’anime le ciel factice. Où l’on envisage la création artistique et sa fonction magique, comme il se doit à l’aube des temps, mais aussi sa relation avec la société et, partant, la place de l’artiste et son ‘utilité’.
Suit la partie « dossiers », qui s’ouvre sur un long article de Jean-Louis Trudel. Là encore une forme d’hommage rendu à Ian Banks, la Science-fiction et notre présent. Avec un double intérêt, une vaste exploration de l’œuvre et la reconstitution d’un entretien téléphonique de 2004 avec Banks dont les propos gardent toute leur pertinence une décennie plus tard.
Mario Tessier consacre ses Carnets du Futurible à L’Imaginaire médiéval au Québec en profitant du retour en grâce du moyen-âge, entre autres par le biais de la fantasy, pour en balayer à la fois les aspects historiques et folkloriques qui ont particulièrement perduré au Québec, mais aussi leur déclinaison dans l’imaginaire actuel : livres, films, séries, festivités…
La rubrique Sci-néma, de Christian Sauvé, n’est pas vraiment tendre envers les réalisations geeks à petit budget et autres films de super-héros. En effet, s’il souligne quelques réussites, notamment la performance de l’actrice Scarlett Johansson, il est rare que la qualité suive lorsque prime l’exploitation commerciale.
Enfin, les critiques largement détaillées des Littéranautes et de Lectures, sont, comme dans chaque numéro, l’occasion de découvrir quelques titres qui pourraient en valoir vraiment la peine.

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