Solstice Automne N°7

Dans la jungle, Terrible jungle

« Toutes ces pages, superbes pages,
je les dévore ce soir… »

D’accord, elle était facile celle-là.

L’illustration de couverture, pétrifiante de réalisme dans ses superbes tons sépia, convoque les spectres de Kipling, Conrad et Stevenson pour mieux mettre à mort l’esprit colonisateur. Bon, je l’ai vu comme ça, hein ? L’interprétation est libre. Mais la barre est haute pour le reste du zine. Fred Augis qui la signe est à mon sens un artiste du sujet et du mouvement. Il n’a sans doute pas besoin de mes louanges puisqu’il semble bien installé en tant que pro (sa présentation dans les « nouvelles saisonnières » et un coup de Google m’ont confirmé que le gars est loin d’être un débutant). Augis donc, Fred : retenez ce nom si comme moi vous ne le connaissiez pas.
Voilà pour la couverture. Ensuite, la mise en page claire et simple sur deux colonnes, avec une touche d’élégance et de recherche, donne de l’air à l’édito et aux articles. On sent l’outil technique bien manié, sans fioritures déplacées. Dommage que cette légèreté soit abandonnée pour une lourde mise en pavé pleine page dès qu’il s’agit des nouvelles. Espérons que la plume alerte des auteurs viendra remettre un peu de gaz dans cet essoufflement. Nous verrons bien.
Le sommaire, maintenant. Il alterne deux articles et trois nouvelles sur le thème de la jungle, piquetés d’interviews et encadrés par les nouvelles saisonnières et les brèves. En clôture, un texte qui ressemble à une private joke ou une nouvelle à clefs renvoie habilement sur le forum de « 5ème saison ». Voilà, tout y est, avec relégués en fin d’ouvrage les présentations d’illustrateurs jointes à leurs œuvres reprises en vignettes : pratique et attentionné.

L’édito évoque les jungles d’hier et d’aujourd’hui (puisque c’est déjà demain) ainsi qu’on pouvait s’y attendre. L’avenir ne rigole pas dans cet univers vendu au Cyberpunk, à peine gondolé par les échos du rire d’Henri Salvador. Heureusement, Gabriel Féraud nous invite à rêver plus loin que le bout de notre nez. Suivons-le d’enthousiasme.

Les Nouvelles de Saison rappellent l’AT en cours pour les 2 ans de Solstice en mai prochain (fantasy/fantastique, thème libre, 20000 car max, clôture le 1er février), présentent Fred Augis (je me répète) et livrent quelques changements d’organisation et des news hélas obsolètes à la parution de cette chronique.
Puis…

L’urbaniste ; par Anne-Laure Daviet
Que faire lorsqu’on est perdu dans la jungle, bien loin de la colonie que l’on venait ‘civiliser’ ? J’ai eu très vite envie de le savoir. Et j’ai donc lu en courant, sans même me demander si c’était bien ou pas, juste pour le plaisir. Parce que cette nouvelle semble écrite pour ça, et bien écrite. La preuve ? La mise en page ne m’a pas gêné. Le message peut paraître clair (c’est la loi qui fait la jungle) mais pas tant si on y repense et creuse un peu. Il y a de quoi, c’est profond sous la surface, jusqu’à la citation de Goscinny. Et l’illustration de Magali Villeneuve est éclatante : que du bon.

Superstitions : au bout d’une corde ; par Lucie Maréchal
Deux pages d’érudition sur la jungle des cordes à nœuds. Le rapport au thème est capilotracté, mais l’article est suffisamment insolite, bien documenté (encore que tout puisse être faux, pour autant que je sache) et court pour faire plaisir à lire. En revanche, l’illustration de Fabien Fernandez ne m’a rien apporté.

Une goutte d’eau dans le désert ; par F. Xavier Bornes
Un cas : il faut survoler quelques longueurs, ne pas s’arrêter sur le rythme parfois répétitif de certains passages, pour se laisser défoncer par la fin. Laissons l’étrangeté s’installer et les questions planer. L’effet n’en sera que meilleur. On a pu dire par ailleurs que trop d’horreurs tuent l’horreur. Oui, certes, mais notre monde est ainsi, à moins d’en rêver un autre. Ce que fait au final cette goutte d’eau, dans notre désert. Et pour ne rien laisser au hasard, la puissance graphique de l’illustration signée Zed Oras est imparable.

Enquêtes de Littératures : Dans la Jungle ; par Gabriel Féraud.
L’imaginaire de la jungle en six pages et de nombreuses citations. Tout n’y est peut-être pas, mais les choix paraissent judicieux au béotien que je suis. Entrez-y sans machette, la voie semble bien tracée. Et le coup de crayon de Berg rappelle les premiers Valérian.

Entretien avec un Chemosit ; par Olivier Boile
Petit précis de culture insolite et africaine avec la description des mœurs et usages d’une bestiole à faire peur au travers d’un pseudo-entretien. Pas aussi drôle qu’on pourrait s’y attendre, mais très court. L’illustration de Stéphanie Peltier permet de se faire une idée de l’animal… et de son régime alimentaire.

Dans la Jungle de Bushira ; par Gabriel Féraud.
Un véritable tableau de Sébastien Grenier, magistral d’hiératisme menaçant, sert d’ouverture à cette histoire linéaire de traque à travers la jungle. Quelques expressions banales, d’autres répétitives, entravent la lecture de cette quête voulue comme haletante. On a le temps de se poser des questions. Pourquoi ces consonances hébraïques dans le nom du méchant ? Comment deux hommes perdus dans un univers hostile peuvent-ils ne pas nouer de complicité ? Quelles surprises nous réserve la fin ? Je n’en ai vu aucune. Mais peut-être suis-je passé à côté.
Pourtant, l’auteur a démontré ses talents ailleurs dans ce magazine. L’interview qu’il donne après cette nouvelle confirme qu’il ne débute pas dans l’écriture. Qu’il a déjà été publié. Qu’il a même un point de vue assez distancié sur sa production. Et que « Dans la Jungle de Bushira » est une œuvre de commande, teaser d’un roman en préparation.

La rubrique « Quoi de Neuf » d’Aurélia Rojon fait un tri sélectif dans la profusion d’AT en cours, cite celui de P&T, ce qui dénote un bon esprit (Ha Ha !), signale les événements et nouveautés ciné, télé et DVD. Utile et bien troussé.

Cinquième Saison ton Univers Impitoyable ; par Olivier Boile
Voilà qui a tout du délire privé joyeusement assumé. Inspiré du forum, ce jeu de massacre restera obscur au non-pratiquant. Mais les membres doivent se régaler.

S’il m’est permis de conclure, je dirais qu’en matière de webzine comme ailleurs, le talent et le travail semblent faire la différence. La preuve par Solstice, qui relève bien à l’intérieur le défi lancé par sa superbe couverture ! Chapeau bas.

— Don Lo

Solstice : webzine gratuit
Parution trimestrielle
Éditeur : Éditions 5ème Saison
564 montée des vraies richesses
04100 Manosque
5emesaison.fr
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