"Succubus blues – Georgina Kincaid I" de Richelle Mead

Georgina Kincaid a tout pour plaire : c’est une libraire ultra sexy ! Seul petit défaut : sa (réelle) passion des livres sert en fait de couverture à une activité bien différente où ses formes voluptueuses sont indispensables. Georgina est un succube, soit un démon femelle au service de l’enfer qui couche sur commande afin de damner quelques pauvres gars pour l’éternité, tout en leur pompant une bonne partie de leur énergie vitale. Dans la tradition, les succubes agissaient durant le sommeil de leurs proies. Dès le premier chapitre, c’est un vieux puceau lassé qui vend son âme en échange d’une partie de jambes en l’air… de 6 minutes ! Quelle arnaque…
On se doute bien que la vie quotidienne de cette jeune femme moderne n’a rien de banal, puisqu’elle est en quelque sorte une call-girl de Satan. Georgina a deux dons surnaturels : l’immortalité et la capacité de prendre n’importe quelle forme. Entre ses amis humains et inhumains (démons, vampires et même un ange !), Georgina s’habituerait presque à une condition pas vraiment choisie au départ si un dangereux psychopathe ne débarquait dans la ville pour assassiner des créatures immortelles. Sa première victime est un vampire. Serait-ce un tueur de vampires (un humain qui aurait ce don, un peu comme « la petite blonde sexy de la TV ») ? Sans doute que non car bientôt c’est un ange qui est tué…
Succubus Blues narre avant tout les déboires sentimentaux de Georgina (elle tombe amoureuse de deux humains, dont un écrivain bizarre ; autant de suspects possibles !) sans oublier pour autant, et c’est heureux, une enquête occulte pour découvrir l’assassin. Sans trop en révéler ici, on peut dire que c’est une autre créature surnaturelle, au background intéressant, et dont la découverte surprend… à 50%.
Georgina est un personnage attachant, extrêmement bien développé, dont l’histoire assez triste est dévoilée par des flash-backs bien amenés, en résonance avec sa vie sentimentale actuelle. Tout comme l’incube, son pendant masculin, le succube est un démon assez rarement utilisé dans la littérature et le cinéma fantastique (citons la série B méconnue Def By Temptation et peut-être Saint Sinner, d’après Clive Barker). Impossible de ne pas évoquer son équivalent vampirique, la lamie, aussi rare mais notamment présente dans l’excellent bouquin d’horreur de Thomas Monteleone, Lyrica. Le succube est une créature au fort potentiel sexuel. D’où les quelques scènes érotiques assez bien fichues qui éveillent l’attention du lecteur masculin perdu dans un flot de considérations essentiellement sentimentales qui ne dépareilleraient pas un Harlequin de qualité. Les états d’âme d’une bombe sexuelle, qui n’est évidement pas qu’un corps, sont loin d’être aussi vides qu’on pourrait hâtivement l’imaginer. Surtout que Richelle Mead a une jolie plume (très bonne traduction de Benoît Domis, ex rédac’chef de Ténèbres) et beaucoup d’humour.
Si l’intrigue ne casse pas trois pattes à un canard (sur le fond comme dans sa progression sans surprise), elle n’en est pas moins remarquablement imbriquée dans ce qui aurait pu n’être qu’une comédie fantastico-sentimentale.
L’univers inhabituel créé par Richelle Mead est un peu déroutant de prime abord. L’héroïne bosse pour les forces du mal, comme ses amis et collègues démoniaques, mais ça ne l’empêche pas d’être très sympathique et… plutôt gentille. Son patron est même le grand ami d’un ange (un beau personnage lui aussi !). Les frontières entre bien et mal sont très floues ici, et cette volonté de s’éloigner (sans prétention intellectuelle) de tout manichéisme est réjouissante. Même le grand méchant de Succubus Blues a des circonstances atténuantes…
Succubus Blues est l’exemple parfait du roman hyper agréable, jamais ennuyeux, où l’auteure se plie en quatre pour donner du plaisir au lecteur. En plus, l’amour total de Richelle Mead pour les livres et la lecture (perceptible à travers sa libraire d’héroïne) ne peut qu’établir une connivence avec ceux qui le partagent.

— Patryck Ficini

Éditions Bragelonne
369 pages – 20 euros
ISBN : 978-2-35294-267-2

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