« Suleyman » de Simon Sanahujas

lokomodo_SuleymanTrois tyrans veulent s’emparer du Multivers. Deux héros de légende et une terrienne vont s’opposer à eux dans une longue croisade qui les mènera d’un univers parallèle à l’autre…
Simon Sanahujas est le fils de Patrice, très brillant illustrateur (les Bob Morane chez Lefrancq, entre autres) aujourd’hui disparu, à qui est dédié Suleyman. Simon Sanahujas est aussi un spécialiste de Robert Ervin Howard qui a signé une étude magistrale sur Conan publiée aux Moutons Électriques, dont on ne dira jamais assez tout le bien qu’ils font à la culture populaire avec leurs études passionnantes.
Un homme de goût à l’ascendance prestigieuse, donc. Mais aussi un romancier efficace et sympathique.
Suleyman est initialement paru chez Rivière Blanche. Lokomodo le réédite aujourd’hui en poche et à un prix plus raisonnable, en adéquation parfaite avec ce qui a tout d’un bon Fleuve Noir des années quatre-vingt : beaucoup d’action (on pense aussi au manga) et des réflexions intelligentes sur les univers parallèles explorés par nos trois héros. Le Multivers évoque évidemment l’œuvre de Michaël Moorcock.
Une action souvent placée sous le signe de R.E. Howard (abondamment cité par l’un des guerriers, une sorte de Death Dealer, aussi albinos qu’Elric, féru de poésie épique). On comprend donc que certains chapitres déménagent vraiment, à l’image du Neuf. Sanahujas adapte assez bien le style howardien, inégalé à ce jour pour ses descriptions de combats, à la science-fiction (mêlée de fantasy, certes), un genre qui fut excessivement peu fréquenté par le génie texan.
Un génie joliment évoqué p. 224 : « Il y eut sur ton univers un poète, un écorché vif, une âme sauvage échouée dans une civilisation en contradiction totale avec sa mentalité. Son nom n’a pas d’importance car l’histoire ne retint pas grand-chose de cet homme. »
Tout fan de Howard appréciera !
Nous disions que les scènes de combats pouvaient être qualifiées d’howardiennes. Assurément, comme le prouve cet autre extrait, p. 162 :
« Il y eut un éclair d’acier quand Mercenaire dégaina son énorme cimeterre et frappa en un arc-de-cercle fulgurant. La lame s’enfonça dans l’épaule gauche du général, brisant clavicule, côte et sternum, avant de ressortir de son flanc droit en une gerbe de sang, d’entrailles et de morceaux d’os. »
On ne peut que détester ou adorer ce genre de passages ! Mon choix est vite fait.
Suleyman (pour Solomon Kane ?), Zoé et Mercenaire (le simili Death Dealer, autre personnage à la Howard de Frazetta dont on peut lire les aventures violentes chez Eclipse) forment un trio de héros attachant, au point que lorsque l’un d’eux se trouve en très grande difficulté, le lecteur peut éprouver un peu de tristesse, un certain sentiment de perte.
La superbe couverture de Michel Borderie en représente deux sur trois (pourquoi, d’ailleurs ? Zoé était trop « normale » ?).
Détail sans doute mais Suleyman utilise un nunchaku. Le genre de détails qui font les légendes. Une arme spectaculaire mais très peu utilisée par les héros de la culture pop, Bruce Lee et ses imitateurs mis à part. Le super-héros Moonknight vient à l’esprit (un peu discutable cependant : comment manier ce fléau oriental avec une cape ???), mais c’est bien tout. Sans doute parce que le nunchaku s’avère bien peu impressionnant en B.D comme en littérature, son impact étant essentiellement cinématographique, contrairement à une épée, par exemple.
Enfin, Sanahujas a au moins le mérite d’essayer.
Au-delà de ses héros formidables et de ses méchants malheureusement trop peu développés, Suleyman propose quelques beaux personnages comme Karn, une sorte de King Conan – décidément, on n’en sort pas !  –  qu’on retrouve certainement dans Nereliath.
Suleyman, très pulp, procure quelques heures agréables de divertissement intelligent, et l’on relira volontiers des romans de son auteur.

Éditions Lokomodo
7 €
ISBN : 978-235900-037-5

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