« Tancrède » d’Ugo Bellagamba

tancrede4Il s’agit là, c’est affiché en sous-titre, d’une uchronie inspirée des croisades, d’une part, et des amours contrariées de Tancrède et Clorinde d’autre part. Du moins de l’opéra qu’en a tiré Campra. Mais le propos de l’auteur est tout à la fois léger et ambitieux. Ce n’est qu’une histoire : celle du jeune croisé normand, Tancrède de Hauteville, en route vers Jérusalem pour délivrer le tombeau du Christ au sein de l’armée de son oncle Bohémond. Nous voilà donc partis à la suite de ce très jeune homme si plein de piété qu’il est prêt à tuer le moindre païen avec une belle foi toute neuve et toute la charité et l’amour que l’on peut attendre dans une si noble cause.
Malheureusement, il est rare qu’un tel enthousiasme juvénile ne soit pas très rapidement douché par les réalités pratiques et la première va le toucher directement à travers son oncle si superbe et si plein de foi. Parce que Bohémond, arrivant à Constantinople après sa victoire à Amalfi, va rendre hommage à l’empereur Alexis Comnène. Pour Tancrède, il s’agit d’une véritable forfaiture : sa foi est trop pure pour s’accommoder d’une diplomatie qui, il le pressent déjà, n’est que le prétexte d’appétits très matérialistes. Aussi, se détournant de son oncle, part-il avec d’autres chevaliers vers Nicée, rejoignant en cours de route les troupes de Godefroy de Bouillon sur la vertu duquel il va reporter tous ses espoirs. Hélas, ce ne sera pas aux mains des croisés que tombera Nicée, mais dans celles de l’empereur qui recueillera sans coup férir le prix de leur courage. Alors, avec un groupe plus réduit encore, Tancrède va partir en avant, jusqu’à Tarse où, plutôt que se défendre, les habitants vont lui envoyer un vieillard philosophe pour négocier la reddition de la ville contre leur vie et Tancrède va promettre. Hélas, l’honneur d’un chevalier ne dépend pas de lui seul, mais ce lien de fidélité qui l’attache encore à ses compagnons est devenu extrêmement fragile. Il se rompra après les horreurs commises à Maara.
Or, pendant que s’effondrent toutes ses valeurs, la réputation de sa vertu a grandi chez les infidèles qui ont perçu la force de son engagement. En dépit de leurs approches, il va pourtant mettre longtemps à trahir les siens. Et il ne les trahira qu’au nom de son amour de la paix car il a découvert que même, et surtout, s’il est commis en son nom, son Dieu est sans doute lassé de ce nouveau massacre des Innocents.
C’est au Mont des Oliviers qu’il rencontrera Gaston de Béarn, l’Ami et le soutien tellement espéré, dans sa nouvelle quête dont il ne sait pas bien où elle le conduira.
Un chemin où il rencontrera aussi l’amour de Clorinde et sa maîtrise des armes, mais je ne vous en dirai rien de plus.
L’écriture d’Ugo Bellagamba est érudite et fluide et l’on suit donc Tancrède avec plaisir dans « ce qui aurait pu être » cependant que, avec un doigté très léger, l’auteur nous invite à repenser les rapports noués entre les peuples qui bordent la Méditerranée et le peu qui suffirait à les changer.
Le livret du Tancrède de Campra, écrit par Danchet, complète la postface de ce roman d’histoire-fiction, petite impertinence supplémentaire, et envers ceux des amateurs de SF qui ne jurent que par les sciences dites dures, et envers ses détracteurs qui s’effrayent au seul mot d’imaginaire. Mais cette croisade-là en est à peine à ses commencements.

Éditions Les Moutons électriques
Collection la Bibliothèque voltaïque
255 pages – 23 €
ISBN : 978-2-915793-73-4

%d blogueurs aiment cette page :