« Un Pied dans la tombe – Chasseuse de la nuit II » de Jeaniene Frost

piedtombeCat Crawfield travaille pour le gouvernement. Avec ses hommes surentraînés, elle traque les vampires et les tue implacablement. Lorsque son amant vampire Bones la retrouve, tout se complique. D’autant que son père aux dents longues veut sa mort et qu’elle doit faire face à un vampire qu’elle ne laisse pas indifférent…
Un bon point pour Un Pied dans la tombe : il démarre sur les chapeaux de roues. Les premières pages d’un roman sont toujours importantes. On tient là l’équivalent littéraire du teaser cinématographique popularisé par les fameuses séquences pré-génériques des James Bond. Une trouvaille au succès non démenti en cinquante ans.
Le mieux pour un roman bit-lit, comme pour tout roman d’action, c’est de débuter par une scène d’horreur ou de combat, qui en mette plein la vue au lecteur. En quelques paragraphes, voire en un chapitre, il doit être convaincu qu’il ne s’ennuiera pas une seconde.
La bit-lit, redisons-le, est avant tout une littérature de pur divertissement, avec de rares prétentions intellectuelles ou artistiques. Ce qui ne veut en rien dire qu’il s’agit d’une littérature stupide : elle peut être roublarde, et même intelligente. Il était évident dès le premier tome des aventures de la dampyre Cat (un excellent Au Bord de la tombe) que Jeaniene Frost n’avait d’autre désir que de faire passer quelques heures mouvementées et agréables à son lecteur. La formule est frappante : pas de prise de tête, des personnages sympas (Cat, sorte de Buffy sans culotte [!], et son amant Bones, sous-Spike conçu pour faire tourner les têtes des filles émoustillées par les bad boys), une écriture simple, mais plus qu’efficace. En effet, Frost est bien loin de mal écrire. Elle passe d’une scène de dialogue vivant à un combat parfois gore avec la même assurance. Bien sûr, elle ne fait pas de la « Littérature » avec un grand L. Elle ne fait pas du style pour qu’on admire la tournure alambiquée de ses phrases ; non, elle écrit comme un bon réalisateur de série B filme, en allant droit au but. Ça fonctionne, et c’est le principal. Mépriser la bit-lit pour ses facilités (et ses recettes notamment), c’est mépriser tout un pan de la littérature d’évasion. La littérature populaire au sens le plus pur (« qui se lit aisément ») : espionnage, polar de série, sexy, western ou roman sentimental, certes, mais aussi sword and sorcery, space-opera ou roman gore. Comme tous les genres, la bit-lit génère des écrivains au talent évident (Laurell K. Hamilton pour son premier Merry Gentry, Kelley Armstrong pour Morsure), des médiocres comme Jennifer Rardin ou Keri Arthur, mais aussi son lot de bonnes faiseuses. Des romancières comme Jeaniene Frost capables d’aligner des bouquins réussis (rapidement, on l’imagine : un mois ou deux maximum par livre si l’on se réfère au rythme de travail des grands de l’ex-Fleuve Noir).
Un Pied dans la tombe, c’est vrai, peine longtemps avant d’offrir une intrigue digne de ce nom. Puis quelque chose se dessine après la réapparition du beau ténébreux Bones. Passées les retrouvailles conflictuelles avec Cat, les choses sérieuses commencent vraiment. On reparle du père vampire de Cat, qui a violé sa mère. La continuité semble importante dans la série.
Bien sûr les scènes de jalousie puériles d’un soldat amoureux de Cat, puis celles d’une vampire ex-maîtresse de Bones sont assez risibles et un peu trop étirées. La seconde crise aboutit même à un long crêpage de chignons parfaitement grotesque, mais rigolo entre la vampire aristo et la dampyre populo.
Le parallèle avec le couple Superman/Lois ne manque pas lorsque Bones dévoile à son amante sa capacité à voler. Avec la bit-lit, le vampire devient souvent une sorte de super-héros à la Batman, sombre, mais pas trop. Le glissement, plus ancien, a trouvé sa plus brillante illustration dans Angel de Joss Whedon, qui n’a jamais caché sa passion pour les comics. Les fans hardcore de vampires ultra violents à la David Wellington le déploreront, les amateurs éclairés à l’esprit ouvert s’en amuseront. Après tout, pourquoi pas ? L’excellent Jacques Finné parle de « monstre hygiénique » à propos de ces créatures de la nuit qui épousent la cause de la veuve et de l’orphelin (in Panorama de la littérature fantastique américaine, tome II, p. 130). Accessoirement, en bit-lit, cela permet aussi de rendre attirant un héros vampire aux yeux d’une lectrice qu’on n’imagine pas totalement nécrophile…
À part ça, Jeaniene Frost nous refait le coup de la scène porno d’une dizaine de pages, cette fois branchée morsures et sodomie. De quoi faire rêver certaines jeunes femmes d’aujourd’hui !
Un Pied dans la tombe se termine comme il a commencé, et même mieux. Les fils de l’intrigue (simpliste, ce qui est agréable) se dénouent dans le sang, on a droit à de la bonne baston, un peu d’humour et de drame, et hop ! emballé c’est pesé. On n’en demande pas plus pour être heureux et attendre (patiemment quand même) la suite. Les Cat Crawfield, ça bouge bien et ça ennuie très peu.
Comme tout bon livre, Un Pied dans la tombe s’achève par un enterrement, un mariage et une résurrection. Enfin presque : il n’y a pas d’enterrement 😉

Éditions Milady
8 €
ISBN : 978-2-8112-0344-2

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