"Vampire Zero – Vampire story III" de David Wellington

L’agent Caxton lutte cette fois contre son maître spirituel, Arkeley. Le policier qui l’a formée à la chasse aux vampires est à son tour devenu une créature de la nuit ! Son but : que sa femme et ses enfants le rejoignent dans les ténèbres. Arkeley était l’un des flics les plus dangereux ; il est peut-être aujourd’hui le plus terrible des vampires…
Comme le disent les critiques musicaux de certains groupes de rock peu novateurs mais efficaces, David Wellington n’a certes pas inventé la poudre mais il sait la faire parler !
D’ailleurs, Vampire Zero, comme les deux premiers tomes d’une série de quatre (aux U.S.A et pour l’instant), peut se comparer aisément à un album de metal basique : brutal et rapide, un peu répétitif, un peu lourd, mais plein d’une saine énergie.
Les Vampire Story’, ce sont de gros blockbusters d’action et d’horreur, qui doivent autant aux Dirty Harry (le personnage de Jameson Arkeley fait immanquablement penser à une version vieillissante du héros culte personnifié par Clint Eastwood) qu’aux films de zombies (les demi morts, esclaves serviles et dégénérés des vampires). On peut évoquer aussi Vampires de John Carpenter – l’un des grands films du genre, avec Blade, à avoir imposé des suceurs de sang agressifs et barbares.
La série des Vampire Story’ est un peu une réaction au triomphe de la bit-lit. Certes, les bouquins de David Wellington sont aussi centrés sur une figure d’héroïne fortiche, inspirée par Ripley, la survivante des Alien – immense influence pour nombre de films d’horreur actuels bourrés de superwomen qui repoussent leurs limites. Mais pas de place (et pas le temps) pour l’humour à la Anita Blake (Wellington ne connaît pas le second degré) ou pour les intermèdes sentimentaux. La copine de la flic Caxton est sans cesse négligée. Le seul moyen pour elles de se voir plus souvent est de collaborer sur l’enquête en cours ! Enfin, enquête, si l’on veut… C’est plutôt d’une guerre dont il faudrait parler ici, son paroxysme étant atteint dans 99 Cercueils, le tome II, avec une incroyable bataille/boucherie finale opposant des troupes de flics à une centaine de vampires féroces ! Le climax de Vampire Zero, dans une mine désaffectée, est d’ailleurs assez impressionnant lui aussi.
De même, contrairement à ce qui se fait en bit-lit, les vampires ne sont jamais attirants. Il est clairement dit qu’un homme perd rapidement toute humanité en se transformant. Les vampires de Wellington sont des bêtes de proie terrifiantes, avec une intelligence humaine qui les rend doublement mortelles. Des junkies en manque prêts à tout pour se procurer ce sang si précieux qui les rend plus forts. Une nouvelle fois, Vampire Zero, c’est 400 pages de violence sans trève, bien loin des scènes d’action fun entrecoupées de papotages de la bit-lit standard.
L’antipathique héros Arkeley devient lui-même un monstre. Mentor de Caxton dans les deux premiers volumes, il se sacrifie à la fin de 99 Cercueils pour sauver le monde en se tranformant en vampire. Vampire zero, dès les premières pages, annonce la couleur : « Autrefois Arkeley avait mené une guerre sacrée. Il avait œuvré pour l’extermination de tous ces monstres. Dorénavant, chaque fois qu’il s’introduisait dans son cercueil, il s’en extirpait avec une once de lui en moins. Au bout d’un moment, tous les vampires ne sont plus qu’une seule et même créature. Un accro au sang. Un sociopathe avec des tendances sadiques. Un assassin de la pire espèce ».
Voilà qui est clair ! Le changement opéré en Arkeley est d’ailleurs fascinant. Au début, il tente de se raccrocher à son humanité (par exemple en épargnant Caxton au maximum), très vite, il devient comme les autres monstres. Arkeley s’est métamophosé en ce qu’il combattait avec tant d’acharnement. Un peu comme si l’incorruptible Harry Callahan épousait la cause d’un mafieux ou d’un tueur fou au détour d’un film ! Caxton, par un effet miroir très bien vu, change elle-même beaucoup en trois volumes. Dans Vampire Zero, elle est semblable à l’ancien Arkeley : un flic brutal prêt à tout pour exterminer les vampires.
On peut déplorer une évidente facilité dans la construction de Vampire Zero (tellement moins brillant que 99 Cercueils). Arkeley traque ses proches un par un pour leur proposer de le rejoindre ou pour les tuer s’ils refusent. Plus linéaire et simpliste, impossible. Encore qu’on puisse y voir aussi un recyclage des pratiques familiales des Vourdalaks de Alexis Tolstoï, immortalisés à l’écran par Mario Bava dans un excellent Trois Visages de la Peur. Eux aussi s’en prenaient à ceux qu’ils avaient aimés de leur vivant.
Regrettons de la même façon des tentatives pour surprendre totalement ratées : Caxton se demande longtemps pourquoi Arkeley résiste aux balles en plein cœur. C’est tout simplement parce que l’ex-flic porte un gilet pare-balles ! Wellington, apparemment très fier de sa trouvaille, en fait tout un fromage. Les ficelles sont grosses, sans que cela soit vraiment gênant.
Le principal n’est pas là. On ne lit pas Vampire Zero pour être surpris ou stimulé intellectuellement (même si les personnages ont une certaine profondeur, notamment une variante du célèbre Renfield de Stoker), mais pour en prendre plein la tête. En cela, le roman de Wellington, dont on rêve de découvrir la trilogie zombie, met dans le mille.
La guerre humains/vampires est déclarée ! Ça va saigner…

–Patryck Ficini

Éditions Milady
434 pages – 7 €
ISBN 978-2-8112-0222-4

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