"Zoé" de John Scalzi

Faisant suite à « La Dernière Colonie », « Le Vieil Homme et la Guerre » et « Les Brigades Fantômes », « Zoé » n’est pas pour autant le quatrième volume du cycle du Vieil Homme Et La Guerre. Il se définit davantage comme son troisième volume bis, sa vocation étant de raconter l’histoire de « La Dernière Colonie » du point de vue de Zoé, la fille adoptive de John Perry, le personnage principal du cycle. Étrange parti pris de l’auteur, dont on pourrait penser qu’il se repose sans vergogne sur ses acquis et propose à ses lecteurs du réchauffé. La démarche n’étant néanmoins ni commerciale (le côté doublon peut rebuter les amateurs du précédent roman), ni vraiment aisée d’un point de vue rédactionnel, c’est avec autant de curiosité que de perplexité qu’on s’attaque à cet ouvrage.
Premier point commun avec la « La Dernière Colonie » : « Zoé » peut se lire indépendamment des trois autres récits et résume suffisamment bien, tout au long de l’histoire, les évènements importants des volumes précédents pour éviter qu’on ait à se replonger entre leurs pages. Deuxième point commun : l’humour et le sens de la répartie des personnages. Zoé est du même bois que son père adoptif et survole littéralement les dialogues avec sa langue acérée. Cependant, comme ses parents interviennent très peu et que seule son amie Gretchen parvient à lui tenir tête au niveau ironie, le lecteur a moins l’impression, par rapport à « La Dernière Colonie », que tous les personnages du roman ont avalé un clown. Troisième point commun : l’histoire ? Oui et non. Nous avons bien à faire à la même trame de fond avec une chronologie évènementielle identique mais l’auteur s’est ingénié à construire son récit à partir des trous et ellipses du premier roman, une bonne partie concernant Zoé, personnage haut en couleur mais sous-employé jusqu’ici. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cela fonctionne. En dehors de quelques rares passages qui donnent un air de déjà-vu, c’est bien une histoire complètement inédite que nous livre « Zoé ». Et une histoire qui se permet le luxe de développer des points trop rapidement survolés dans « La Dernière Colonie ». Parmi ces derniers, la rencontre et les interactions avec la race intelligente de Roanoke ainsi que la manière (plutôt épique) dont Zoé déjoue la conspiration contre le général Gau puis obtient le bouclier défoncif des Consus.
Au niveau de son contenu propre, « Zoé » nous conte les péripéties d’une adolescente pas tout à fait comme les autres, la faute au statut quasi-divin auquel l’a élevée le peuple des Obins à qui son défunt père a donné la conscience. Bien qu’elle soit chaperonnée en permanence par deux Obins, Pirouette et Cacahuète, et soit la fille adoptive des responsables de la colonie de Roanoke, Zoé essaye de vivre le plus normalement possible sa vie de jeune fille délurée et moqueuse. En soi, c’est déjà une épreuve tant sa condition spéciale lui est fréquemment rappelée. Mais elle persiste et commence par se dégoter, comme toute fille de son âge se le doit, une meilleure copine et un soupirant aussi charmant que maladroit. Les personnages de Gretchen et Enzo profitent donc de ce roman pour acquérir une véritable personnalité. Si celle de Gretchen manque un peu de surprise parce que trop copiée sur celle de Zoé – le terme « âmes sœurs » n’est pas galvaudé pour décrire les deux amies –, le caractère d’Enzo évoquera quelques souvenirs émus au lecteur ayant un passé d’adolescent introverti, gauche et romantique. Pour pimenter un peu le tout, Zoé se permettra quelques accès de rébellion et n’hésitera pas, en digne fille adoptive de John Perry, à prendre des décisions cruciales à chaque fois que la situation l’exigera. Bref, nous avons une histoire à peu près du même tonneau que « La Dernière Colonie », le côté fou-fou et pétillant davantage exacerbé. De plus, le personnage de Zoé étant moins impliqué dans la trame principale, la narration apparaît plus distanciée et, par endroits, moins dramatique.
Précisons, pour ceux qui en douteraient, que nous sommes ici loin du roman pour adolescents tel que pourrait le laisser entendre la quatrième de couverture. La maturité des trois jeunes gens principaux (Zoé, Gretchen et Enzo), leur sang-froid ainsi que leur façon globale de parler font que l’on n’y croit qu’à moitié. Scalzi écrit du Scalzi, que son personnage principal soit un héros quasi-centenaire ou une adolescente. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’on apprécie ses romans. Encore une fois, ni le réalisme ni la recherche de suspension d’incrédulité ne sont vraiment à l’honneur, mais on ne peut pas dire le contraire des dialogues hilarants et de la lecture rafraîchissante que nous offre le roman.
Non content de délivrer une histoire tout neuve sans empiéter sur l’ancienne, « Zoé » offre une plus-value non négligeable pour ceux qui ont aimé « La Dernière Colonie » mais regretté sa concision et son traitement allégé de certains détails. Si on ajoute à cela le petit tour de force que représente l’écriture de cet ouvrage « bis », je ne peux que le conseiller.

— Michaël F.

Éditions L’Atalante

Traduction : Mikaël Cabon
378 pages – 18 €
ISBN : 978-2-84172-470-3

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