« Reine de mémoire I – La maison de l’oubli » d’Elisabeth Vonarburg

« Aurepas, petite ville du sud-ouest de la France, 1789…

Dans une vieille maison bourgeoise vivent Senso et Pierrino, des jumeaux âgés de sept ans, avec Jiliane, leur soeur cadette qui ne parle pas. Senso et Pierrino viennent d’être confirmés dans la religion du royaume, la religion géminite, où l’on adore les saints Gémeaux, Jésus et sa soeur jumelle Sophia. Les enfants ont perdu leurs parents dans un tragique accident au moment de la naissance de Jiliane, et c’est Grand-père Sigismond, vieil humaniste propriétaire d’un florissant commerce, qui les guide dans leur apprentissage de la vie, avec l’aide de domma Castelet et de dom Patenaude, les ecclésiastes de leur paroisse. Bien sûr, il y a aussi Grand-mère, mais comme elle ne sort jamais de ses appartements et qu’ils ne peuvent y entrer…
La découverte d’une « fenêtre-de-trop » – visible de l’extérieur, elle ne correspond à rien à l’intérieur – et d’une carte magique – elle les transporte ailleurs quand ils y plantent un stylet – éveille la curiosité de Senso et Pierrino quant à l’étrange réputation de leur demeure, mais Jiliane, la première à accéder aux appartements de Grand-mère, sait déjà que la magie fait partie du mystère entourant leur famille et la Maison d’Oubli… »

Vonarburg est ce qu’on peut appeler une auteure attachante. Au-delà même des sujets abordés dans ses écrits, elle détient la clé suprême du style qui ravit le lecteur dans le sens « cleptomane » du terme. Elle est sans conteste une des rares auteurs à accompagner celui qui arrive à s?immerger dans son récit. Elle raconte. Elle est là. On l’entend presque. Elle vous mène d’un éclat de rien à une explosion de tout, comme ça, sans forcer, avec une facilité déconcertante.
Elle dit elle-même que le cycle de Reine de mémoire est né dans un songe nocturne où il était question d?une carte magique capable de vous transporter ailleurs. Si n’importe quel être humain aurait plongé son nez dans un livre pour en capturer la signification subconsciente, Vonarburg a préféré en écrire un : une fenêtre incroyable s’ouvrant sur une dimension autre que celle du présent, plongeant dans une intrigue chirurgicalement construite un trio atypique de frères et soeur. Un horloger aurait peiné à mieux faire. La fantasy se renouvelle ainsi dans un polyptique à quatre volets où La maison d’oubli ouvre le bal. L’on se chuchote le nom d' »achronisme », nouveau genre littéraire où dimensions temporelles se côtoient, s’entrecroisent, s’invitent, à travers des périodes réelles, et l’on dévore les aventures égrenées sur fond de mythes, de métaphysique, de liens entre les hommes, et de manichéisme (parfois un peu trop marqué).
L’écrivain francophone signe là une pièce maîtresse de la fantasy actuelle, et risque de prétendre à un rang difficilement accordable, celui que Lovecraft lui-même a épousé en donnant naissance à sa propre mythologie – toute controverse gardée.

Editeur : Alire
Genre : SCIENCE-FICTION – FANTASY
Date de Parution : 1er novembre 2005

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