Solstare n° 37 "La vie sur Cerise IV"

Si Douglas Adams avait connu la revue Solstare, sans doute le Guide du Routard Galactique aurait-il classé toute tentative d’en faire une critique à la rubrique des « impossibilités récréatives ».

Car Solstare ce n’est rien de moins que Les Comptes Rendus Des Séances De La Nouvelle Académie de Science-Flexion. Ou, pour être exact, l’édition française de Solstare, La Aktoj De La Kunsidoj De La Nova Akademio de Scienc-Fleksio, ce qui donne, de prime abord, une idée de l’esprit voulu par son rédacteur en chef.

Fondée le 21 décembre 1991, cette revue semestrielle (sinon a-périodique) paraît depuis sans discontinuer, lors de divers solstices – d’où son nom -, et cela malgré sa dissolution le 21 décembre 2000 (une éclipse semble toutefois avoir eu lieu entre le solstice d’hiver 2000 et le solstice de printemps 2002).

Ainsi, depuis 40 numéros, Solstare permet de découvrir des articles rédigés au sein d’une Académie composée des savants fous. En effet, la qualité d’Académicien de la N.A.S.-F. ne semble pouvoir s’acquérir, pour l’auteur de textes ou de nouvelles qui aurait envie de se faire publier dans cette revue, qu’en utilisant l’habit d’un chercheur ne possédant pas toute sa santé mentale et en répondant à des appels à texte qui prennent l’aspect d’ordre de mission ou de sujet de recherche.

Vous l’aurez compris cette revue dont le Professeur Duglo-Bulle est le rédacteur en chef (comme il l’est de l’Oulifan), permet de découvrir des textes faussement (ou vraiment ?) scientifiques, décalés, délirants, et parfois hilarants.

Ceux d’entre vous qui, comme moi, gardent un souvenir ému des conférences et exposés du Professeur Blurp, spécialiste en zoologie pour les Dingo-Dossiers et expert des questions animales à la Rubrique-à-Brac de Gotlib, retrouveront cet esprit dans Solstare. Les autres risquent de s’ennuyer.

Les auteurs, eux, semblent s’en donner à cœur joie, même si la réussite littéraire n’est pas toujours au rendez-vous. En effet, le style recherché par Solstare, que l’on pourrait situer au croisement des Monty Python et du tandem Pierre Dac – Francis Blanche (époque « Signé Furax : le gruyère qui tue »), est délicat à manier. Produire des textes de ce type revient à traverser les chutes du Zambèze sur une corde raide agitée par des crocodiles, et il est facile de tomber, soit dans la pochade de potache, soit dans la spirale de l’autoréférence et de ses « private jokes » qui n’amusent que leurs auteurs.

C’est, malheureusement, trop souvent le cas, mais quelques auteurs tirent leur épingle du jeu et livrent des textes qui ne dépareraient pas au milieu de ceux de F. Brown ou R. Sheckley.

Examinons donc les textes du numéro 37 : La Vie sur Cerise IV

Ordre de mission (Dominique Bertrand )
Ce qui est sans doute l’appel à texte de ce numéro, est rédigé sous la forme d’un ordre de mission, prouvant que son auteur connaît tous les usages et procédés du style administratif en vigueur dans le milieu de la recherche publique ou de l’éducation nationale. Il amusera surtout ceux qui ont l’occasion de pratiquer, au quotidien, ce type de document.

Cerise VI : Danger (Christian Bouchet)
Un très court texte, livré sous la forme d’un communiqué, mettant en garde contre les dangers encourus par les explorateurs à l’approche de ce soleil rouge qu’est Cerise. Facile à lire, court, drôle : que demander de plus ?

Localisation de Cerise IV – Une démarche expérimentale (Christian Bouchet)
Comment parcourir l’espace en bus et localiser une planète inconnue par élimination ? Un texte assez quelconque, dont j’espère qu’il aura au moins fait rire l’auteur. Peut-être cet avis tranché est-il du à mon manque de référence, car ce récit s’appuie manifestement sur le « caractère » des personnages. Pour le lecteur inaccoutumé de Solstare, les références feront cruellement défaut.

Les petits lapins de Cerise IV (Julie Pronost)
Une nouvelle montrant combien il est dangereux de juger les choses sur leurs apparences lors de l’exploration d’une planète inconnue. Julie Pronost a mis dans cette nouvelle de bonnes idées qu’elle n’a pas assez développées. Il reste néanmoins un texte facile à lire, mais facile à oublier.

Les dévoreurs de Cerise IV (Dominique Bertrand)
En révélant l’existence de la race des « Cerivdés », Dominique Bertrand nous confie sa crainte d’une invasion par les Cerises géantes. Bien moins kitsch que le scénario de « l’invasion de la Moussaka géante », ce texte n’est pas sauvé par sa fausse morale.

L’Imrague de Cerise IV – Fabulation ou réalité (Nicolas Grandemange)
Des extraits du journal d’un biologiste en quête de preuves de l’existence de cet animal étrange, car inconnu, qu’est l’Imrague. S’appuyant sur un style descriptif très facile, Nicolas Grandemange nous offre un texte agréable. Il est d’autant plus dommage qu’il l’ait laissé orphelin d’une fin digne de son style.

Les crabes de Cerise IV sur l’île volcanique de Pitrim (Patrick Duclos)
Patrick Duclos nous fait découvrir l’historique des 5 expéditions conduites sur cette île de la planète Cerise IV, et ce qu’il advint de sa faune après ces expéditions. Toute ressemblance avec l’histoire de la colonisation de Madagascar ou de l’Australie n’étant manifestement pas fortuite, je vous conseille de lire ce texte amusant.

Le kirsch de Cerise IV (Tanguy Wassong)
Le récit des voyages d’un zoologue qui découvre cet animal étrange et télépathe qu’est l’Alambicus Gratifiacus. Un texte court, facile, si facile que la fin en paraît presque bâclée.

La faune de Cerise IV (Christian Bouchet)
La suite des aventures d’Indiana Vid et Minou, déjà rencontrés dans le récit « Localisation de Cerise IV ». Mélange de textes relevant de la blague d’étudiant et d’illustration de la même veine, ce « rapport de mission » a été découpé en deux parties. Il n’y gagne rien.

Le filet de Cerise IV – Antisymbiose et conséquences (Michaël Fontayne)
Les mésaventures de la population de l’archipel des Siestes-Sereines au prise avec deux espèces nuisibles et teigneuses. Tout l’humour grinçant de Michaël Fontayne mis au service de l’exobiologie, dans une fable reprenant le thème de l’apprenti sorcier.

Les Queues de Cerise IV – un magnifique cas de symbiose (Samuel Boissier)
Samuel Boissier nous décrit ici la relation symbiotique qui unit la Queue de Cerise et le Ver, le végétal et l’animal. Sans doute le texte le plus sympathiquement délirant de ce numéro 37.

Les Solstariers de Cerise IV (Dominique Bertrand)
Où vous apprendrez qu?à l?état naturel, comme par exemple sur Cerise IV, la revue Solstare est produite par cet arbre fabuleux qu?est le Solstarier. Et comme le dit si bien l?auteur, avec toute l?autodérision nécessaire, si le travail du « rédacteur » est de tout repos, le rôle le plus ingrat revient au « lecteur » si celui-ci cherche à comprendre quelque chose.

Où vous apprendrez qu’à l’état naturel, comme par exemple sur Cerise IV, la revue Solstare est produite par cet arbre fabuleux qu’est le Solstarier. Et comme le dit si bien l’auteur, avec toute l’autodérision nécessaire, si le travail du « rédacteur » est de tout repos, le rôle le plus ingrat revient au « lecteur » si celui-ci cherche à comprendre quelque chose.

Même si les textes sont de très inégale qualité, et si l’humour est parfois trop décalé pour que le lecteur en profite pleinement, je ne peux que vous conseiller Solstare.
Si vous réussissez à avoir entre les mains un exemplaire de ce numéro 37, vous trouverez en page centrale (comme en page de couverture), une superbe illustration signée Estelle Valls de Gomis.
Mais avant de l’ouvrir, je vous invite à lire, en troisième de couverture, le « contrat d’adhésion à la N.A.S.-F. » Bâti par Dominique Bertrand sur les modèles de contrat chers aux services commerciaux et juridiques des sociétés informatiques, ce texte est peut-être le plus désopilant de la revue.

— Lam’Rona

Solstare
semestriel

perso.wanadoo.fr/solstare

prix: 3 euros
40 pages (+ 4 de couverture, de couleur rouge)

Cenlivane

Ecrivaine, éditrice aux #VagabondsduRêve et rédac'chef de la #TribuneVdR, directrice de #NiceFictions

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